Frères

ปี: 2017
ภาษา: french
ISBN 13: 9782226426802
File: EPUB, 698 KB
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1

The Institute

ปี: 2019
ภาษา: english
File: EPUB, 4.15 MB
2

Au Guet !

ปี: 1989
ภาษา: french
File: EPUB, 428 KB
Titre original :

THE CROSSOVER

(Première publication : Houghton Mifflin Harcourt Publishing Company,

Boston, USA.)

© Kwame Alexander, 2014

Tous droits réservés, y compris droits de reproduction

totale ou partielle, sous toutes ses formes.

Pour la traduction française :

© Éditions Albin Michel, 2017

ISBN : 978-2-226-42680-2





Pour Big Al et Barbara,

alias maman et papa





En dribblant


À deux pas du panier, j’ai

Le mouv et le groove…

Ça CLAC ! et ça WIZ !

Non mais attends, toi, tu veux me CONTRER ?

Non mais attends, toi, tu veux me BLOQUER ?

Mate un peu ce rebond, YEAH !

Fais gaffe, man, sérieux,

Parce que je suis le king du SWING,

Le roi du dribble cROIsé

JE LANCE

je m’élance

et je te feinte pour que tu

G

L

I

S

S

E

S pendant que je

DÉBOULE, moi

vers la ligne d’arrivée, et du bout des doigts…

Direct au panier :

Baaaammmm ! Marqué !





Josh Bell


c’est mon nom.

Mais Dégueu le Vicieux c’est mon blase de star du ballon.

On m’appelle comme ça,

car sur le terrain j’assure,

Un vrai teigneux qui va te mettre minable, j’te jure.

J’ai les cheveux longs, je suis super grand.

Man, je suis le prochain Kevin Durant,

le nouveau LeBron ou Chris Paul.



Tu te souviens des géants ?

Mon père aime se la péter…

Moi c’est avec Magic Johnson et Earl Manigault que je jouais.

De la poudre aux yeux pour les gamins, ouais.

Tes idoles, tu peux te les garder,

moi aussi, sur le terrain, j’ai

la classe tu sais.



Ma mère dit,

Ton père est dépassé,

c’est une vieille Chevrolet.

Toi, tu es jeune et plein de vie,

une vraie Lamborghini.

Toi, tu es à croquer, un vrai macaron.

Dès que tu récupères le ballon,

tu marques sans la moindre HÉSITATION !



Dans la bouche de n’importe qui,

jeune et macaron

me donneraient des envies de meurtre.

Mais je sais qu’elle admire mon jeu, ma mère.

Faut dire qu’avec un ballon,

je fais des étincelles.

Au moment de tirer,

je suis en apesanteur

Le panier est à vendre,

Et je suis le seul acheteur.





Histoire de mon blase


Je ne suis pas un fana de jazz, mon père si.

Un jour, on écoute un certain

Horace Silver, et mon père me dit :



Josh, ce gars est un géant.

Tu l’entends au piano ? Cette agilité, cette liberté,

Comme toi et JB quand vous jouez.



C’est pas mal, papa, ok.

Pas mal ? PAS MAL, TU T’ENTENDS ?

Tu sais, mon grand,



reconnaître le génie, c’est important.

Horace Silver est un des plus branchés.

Si tu avais la moitié de son talent…



Papa, plus personne ne dit « branché ».

Eh bien on devrait, parce que ce gars

on dirait qu’il a mis les doigts dans la prise, tu vois.



Très drôle, papa.

Tu sais quoi, Josh ?

Quoi, papa ?



Je te dédie la prochaine chanson.

C’est quoi, comme chanson ?

La meilleure, mon grand,

La plus stylée de l’album Paris Blues,

mon grand.

FILTHY

McNASTY1.





Note


1. Traduction : Dégueu le vicieux. (NdT)





Au début


J’aimais pas trop mon surnom

les autres se moquaient,

dans le bus, à la cantine

jusqu’aux toilettes, t’imagines !

Même ma mère, ça l’amusait.



Ça te va comme un gant, Josh, elle disait.

Tu ne ranges jamais ton placard,

et ton lit est toujours défait,

il y a des miettes de biscuits et des papiers de bonbons.

C’est vraiment dégueu, fiston.



Mais en grandissant,

j’ai commencé à assurer avec un ballon,

mon blase a pris une nouvelle signification.

Et même si je n’étais toujours pas fou

de jazz,

chaque fois que je marquais, ou

que je réussissais un rebond,

que je piquais un ballon,

mon père était radieux,

il criait comme un bienheureux :

C’est mon fiston !

Continue comme ça, Le Vicieux !



Et depuis

j’adore

mon surnom.





Dégueu le Vicieux


est un HOMME-enfant mythologique

un MYTHE

pas toujours angélique

un roi de la TURBINE

de la COMBINE

avec son jeu il t’ EMBOBINE

Il dribble

feinte

puis il chope

le BALLON et file droit au

but, boing ! et BOUM !

Méfie-toi de son tir,

Si tu ne veux pas être HUMILié

RIDICULisé

DÉCRÉDIBILisé

Quand DÉGUEU a un flash,

Ça SLAM et ça CLASH !

Avec sa fougue supersonique

et sa classe pyrotechnique

B

A

M il t’en met

plein les yeux !

C’est ça, Dégueu le VICIEUX.





Jordan Bell


Mon frère jumeau est un frimeur.

Il aime le basket, mais il est surtout joueur.

S’il fait plus de trente degrés,

sans un seul nuage annoncé,

il fera le pari

qu’il y aura bientôt de la pluie.

C’est pénible, sérieusement

mais aussi un peu

marrant.



Jordan insiste pour qu’on l’appelle JB.

Michael Jordan est son

joueur fétiche, mais il

ne veut pas qu’on puisse penser

qu’il est obsédé.

Sauf qu’il l’est.



La preuve : il a douze paires

de Jordan Air

une pour chaque mois de l’année,

y compris une édition limitée

avec la tronche d’Obama, ouais,

et il ne les porte jamais.

Il a aussi des draps, des taies d’oreillers,

des chaussettes, des chaussons, des caleçons,

des tasses, des carnets, des crayons, des casquettes,

des poignets en éponge et des lunettes de soleil

à l’effigie de Michael.



Avec les cinquante dollars qu’il a gagnés

en pariant avec papa que la vitrine

au coin de la rue ne serait pas éclairée,

il a acheté, sur eBay,

une brosse à dents de Michael Jordan

(Elle n’a servi qu’une seule fois !)

Mon frère a raison, il n’est pas obsédé.

C’EST UN PSYCHOPATHE NÉ.





En route vers le match


Je suis condamné

à faire le trajet

à côté de JB.

Et pour qu’il arrête

de jouer avec mes dreads

je ne vois qu’une solution :

bourrer sa boule à zéro

de coups

de maillot.





Mes dreads : 5 raisons


5. Certains de mes rappeurs préférés en ont :

Lil Wayne, 2 Chainz et Wale.



4. Elles me donnent l’impression

d’être un roi.



3. Personne d’autre sinon

n’en a dans l’équipe, et



2. ça aide les joueurs à nous

distinguer, moi et JB.



Mais

la vraie raison, c’est que



1. un jour j’ai vu la

vidéo de papa

qui dunke par-dessus

un pivot croate de deux mètres douze

dans l’émission Les Meilleurs dunks de tous les temps…

Il décolle — ses longs

cheveux torsadés se déploient

comme des ailes

qui le portent très haut

plus haut

que le cercle.

J’ai su ce jour-là

Qu’à moi aussi il me faudrait

Des ailes pour m’envoler.





Maman dit à papa


qu’il doit s’asseoir

au sommet

des gradins

pendant le match.



Tu es trop agressif, elle dit.



Dégueu, n’oublie pas

d’y aller à fond

lors de tes tirs en suspension,

il dit.



JB dit à maman :

On est presque au lycée,

ne nous embrasse pas avant le match, pitié.



Papa dit : Les garçons

l’amour de votre mère est précieux.

La mienne était la prunelle de mes yeux.



Ouais, mais ta mère,

elle n’assistait pas à TOUS

tes matchs, JB réplique.



Et elle n’était pas non plus directrice adjointe du bahut.

C’est moi qui ai conclu.





Conversation


Papa, le basket te manque ? je demande.

Comme Dizzy manque au jazz, Dégueu.



Hein ?

Comme Tupac manque au hip-hop, Dégueu.



Ah ! Mais tu n’es pas si vieux

tu pourrais encore jouer, non ?



Ce temps-là est fini pour moi, fiston.

Aujourd’hui je prends soin de ma famille.



Tu n’as pas l’impression de tourner en rond,

toi qui passes toutes tes journées à la maison ?



Tu pourrais chercher un boulot, je sais pas.

Dégueu, de quoi tu me parles, là ?



Tu crois vraiment que ton daron,

Ne sait pas s’occuper de ses oignons ?



Fiston, j’ai bien géré mon pognon…

La famille est à l’abri du besoin. Ouais, bon,



le basket me manque BEAUCOUP,

et je suis peut-être sur un coup



pour devenir entraîneur. Mais dans l’immédiat,

je suis l’entraîneur de cette baraque, et ça me va !



Et puis je dois vous surveiller, les gars.

Va chercher ton frère, je n’ai pas envie d’être en retard !



Tu connais le coach, tu veux passer le match sur la touche, toi ?

Pourquoi tu ne portes jamais la bague du championnat ?



Quel interrogatoire ! Pourquoi toutes ces questions maintenant ?

Papa sourit. Ça m’arrive de la mettre pour me laver les dents.



Je pourrais te l’emprunter pour aller au lycée, un jour ?

Tu es capable de marquer en faisant un rebond sur le toit et sur un arbre avant ?



Euh… nan.

Alors tu n’es pas encore LE Boss. Lui seul peut porter LA Bague.

Oh, allez, papa !

Décroche le trophée cette année, et on verra.



Merci, papa. Tu sais, si tu t’ennuies,

Tu pourrais écrire un bouquin, comme la mère de Vondie.



Elle a une passion pour les vaisseaux spatiaux.

Un livre ? Mais à quel propos ?



Pourquoi pas sur ces règles

que tu nous rappelles



chaque fois qu’on entre sur le terrain ?

« Je suis LE Boss », par Chuck Bell. Mon père se croit malin.



C’est naze, papa.

Tu me traites de naze ? Et il me fait une clé de bras.



Papa, rappelle-moi pourquoi on t’appelait LE Boss ?

Dégueu, à l’époque, j’étais un as, je ne manquais jamais une passe.



Mon double crossover était imparable et j’ai embrassé

tellement de jolies poupées, qu’on m’a aussi surnommé Rouge Baiser.



Ah vraiment ? lance maman. On dirait qu’elle le fait exprès

pour nous surprendre, d’arriver sur la pointe des pieds.



Ouais, tu es bien LE Boss, papa ! Je ris aux éclats,

et ouvre le coffre pour y ranger mon barda.





Règle no 1


La vie est un match,

ta famille est le terrain,

et le ballon, ton cœur.

Peu importent tes hauts,

peu importent tes bas,

n’oublie jamais

de laisser ton cœur

sur le terrain.





JB et moi


on est frères. Des jumeaux. Deux paniers

face à face. Identiques.

C’est facile de nous différencier, d’un autre côté. Je le



dépasse de trois centimètres, et j’ai mes dreads. Il

se fait raser la tête une fois par mois. Je veux aller à Duke, lui

à la fac de Caroline du Nord. Si on ne s’aimait pas,



on se HAÏRAIT. Il est arrière.

Je suis ailier. JB est le second

champion de l’équipe.



C’est un meilleur sauteur, moi, un meilleur

attaquant. Et je vais beaucoup plus vite. On est tous les deux

de bons passeurs. Surtout quand on joue ensemble.



En vue de la nouvelle saison, j’ai suivi

trois stages pendant l’été. Lui,

un seul. Pour pas rater le caté, il a dit.



Il me prend pour un abruti ?

Depuis que Kim Bazemore l’a embrassé,

il s’est découvert une passion pour la religion,



il pense de moins en moins

au basket, et de plus en plus

aux FILLES.





À la fin de l’échauffement, mon frère tente un dunk


Complètement raté, JB.

Qu’est-ce qui t’arrive, frérot ?

Le panier est trop haut ?

Je me moque, ça ne le fait pas marrer,

surtout quand il me voit décoller,

porté par mes cheveux, mes ailes,

chaque mèche me soulevant plus haut vers le ciel,



un vrai 747, ZOUM ZOUM ZOUM !



Mon tir est si puissant

que le panneau tremble un moment.

Vas-y ! me crie papa,

en haut du gradin, là-bas.

Je suis le seul

de l’équipe, le seul

à pouvoir faire ça.



Le gymnase se transforme en cirque, le monde rugit.

Mon estomac est sur un grand huit.

Ma tête, sur un manège.

L’air est saturé des odeurs de

popcorn et de sueur,

et du parfum si délicieux

des mamans qui dévorent leurs fistons des yeux.



Notre mère, alias Dr Bell, alias la directrice adjointe,

est à l’autre bout de la salle, elle cause,

avec des profs, je suppose.

Je me sens mieux, moi.

Le coach nous appelle, déjà,

Il se prend pour Phil Jackson là :

L’amour est la force qui enflamme les esprits et soude les équipes.

Échange de regards avec JB, discrètement

on est à ça du fou rire, un truc dément,

mais Vondie, notre meilleur ami,

est le premier à craquer.

Le sifflet retentit.

Les joueurs regagnent le terrain,

ils se tapent dans les mains

s’envoient de faux coups de poing.

L’arbitre lance le ballon.

C’est reparti pour de bon.

Game on.





Commentateur sportif


JB aime provoquer et

insulter

pendant les matchs

comme notre daron

à l’époque où il était un as

du ballon.



Quand j’entre sur le

terrain

je préfère le silence

je préfère

Observer

Contrer

Étonner.



Je parle aussi,

mais rien que pour moi,

dans ma tête.

Et parfois

je me fais mon

propre commentaire

de la rencontre.





Josh refait le match


C’est le troisième match pour les Wildcats, qui mènent 2-0.

Le numéro 17, Vondie Petit, s’empare du ballon.

Ce gosse n’a rien de petit, il porte mal son nom !

Les Wildcats dominent

le jeu, avec cette première action.

Les espoirs sont grands ce soir

au lycée Reggie-Lewis.

On a pulvérisé l’équipe de Hoover

la semaine dernière,

32 à 4, et on ne s’arrêtera pas là,

non, pas là,

on veut décrocher le championnat !

Vondie me refile le ballon,

je fais une rapide passe poitrine à JB,

le numéro 23, alias le Sauteur.

Je l’ai déjà vu marquer un panier

à NEUF MÈTRES !

Ce mec est doué

rien de surprenant :

c’est Chuck Bell dit « LE BOSS » son daron.

Et le mien, évidemment.

JB me renvoie le ballon.

Mon frérot est un tireur, mais je suis aussi

vif, aussi furtif qu’un serpent…

Et vous trouviez mes cheveux longs ?

Matez-moi ces jambes, ce mètre quatre-vingts !

OH… WAOUH ! VOUS AVEZ VU CE CROSSOVER VICIEUX ?

Maintenant vous savez pourquoi on m’appelle Dégueu.

Les amis, j’espère que vous êtes bien accrochés,

parce que le show va commencer.





Crossover


nom masculin


Une action toute simple

qui consiste à dribbler

tout en faisant passer

le ballon d’une main

à l’autre, pour feinter.



Exemple : avec un crossover bien exécuté

on peut aller jusqu’à casser

les chevilles de son adversaire.



Exemple : le crossover de Deron William valait le déplacement,

mais celui d’Allen Iverson était si dément,

lui, qu’il pourrait se reconvertir dans la podologie…



Exemple : papa m’a montré

l’art et la manière ; on commence par

un petit changement de main

histoire de tâter le terrain

et ensuite… bam ! on assène à l’adversaire

un vicieux crossover.





Le show


Un léger mouvement d’épaule FRIMEUR,

un discret coup d’œil TROMPEUR…

Le numéro 28 est très en retard.

Il croit lire en moi

comme dans un LIVRE OUVERT



mais je tourne la page

et il en reste bouche bée,

comprendre : je l’ai



DÉSTABILISÉ.

Ses pieds sont le magot

et moi l’escroc.

C’est parti pour le casse, t’es à la ramasse,

à gauche toute et…

le voilà ferré.

Le numéro 14 entre dans la danse…

Et je le prends aussi dans mon F

I

L

E

T

Voilà DEUX beaux poissons que j’ai appâtés

et que je vais bientôt CUISINER !

Le dîner mijote, attention ça va chauffer…

Personne ne s’attend à ce que Dégueu p a s s e

mais Vondie est sous le panier

alors je lui fais mon plus beau

lancer…

hop ! Oh !





Le pari


On est menés de sept points

à la mi-temps.

On fait des têtes d’enterrement,

le coach n’est pas inquiet, pourtant.

Il dit qu’on n’a pas le bon tempo, on doit encore le trouver.

Tout à coup, sans prévenir, sans un mot,

Vondie commence à se dandiner,

il fait son numéro !

Le coach lance son meilleur morceau,

à fond les ballons, et sans se concerter

on se met tous à danser :

à gauche, à droite, maintenant tout le monde recule,

cette fois on saute, pied droit, on frappe, frappe, frappe.

JB me tape dans la main, avec son air de gros malin.

Tu veux parier, c’est ça ? je lui demande.

Ouais, il répond,

avant de

me toucher

les cheveux.





Ode à mes cheveux


Si mes cheveux étaient un mont,

j’en ferais l’ascension.



Je m’agenouillerais à son pied,

et le vénérerais.



Mes cheveux sont de l’or

Ils sont miens, mon trésor.



Chaque jour avant les cours

je les détache.



Et avant chaque match

je les attache.



Ces dreadlocks, sur ma tête,

je les ai façonnées, mèche à mèche.



Alors une dernière chose si tu veux bien

ouvrir grand tes oreilles, gros malin :



Ton pari à la con ?

C’EST NON.





Le pari, suite


SI. JE. PERDS.

TON. PARI.

TU. VEUX. QUE…

QUOI ?



Si le score est serré, il dit, et

si tout se joue au dernier panier, et

si j’ai le ballon, et

si je marque, yeah,

je pourrai te les

couper.



Mais bien sûr…

Tu délires, là.

D’accord, tu pourras me les couper,

sauf que si tu perds, toi

tu devras te balader

sans fute

ni calbut

demain

au bahut

à midi.



Vondie

et les autres

gars

sont morts de rire.



JB flippe de perdre son pari,

il propose un compromis :

Ok, il dit.

Qu’est-ce que tu penses de ça :

si tu perds

je te coupe une dread

et si je perds

je baisse mon fute

devant ce groupe

de boutonneux

qui déjeunent

à côté de nous ?



Peut-être que j’ai été boutonneux à une époque, moi aussi,

peut-être que j’aime mes cheveux autant que papa les beignets,

peut-être que je préférerais mourir plutôt qu’y laisser…

D’un autre côté, les probabilités sont de mon côté

et je devrais remporter ce pari

parce que là, sérieux, ça fait quand même beaucoup de si.





Le match est serré


quand JB prend son essor

tic

et s’envole dans les airs.

tac

Le public retient son souffle,

tic

la mâchoire décrochée,

tac

et quand le tir, in extremis,

tic

atterrit dans le filet,

tac

le temps s’arrête.

Le gymnase explose.

Les gradins

se délitent

et ma tête

éclate.





Dans le vestiaire


Après le match,

JB fanfaronne.

Il s’approche de moi

en souriant,

il tient

à la main

les ciseaux rouges

du coach.

Leurs lames d’acier

bien aiguisées

sont prêtes à trancher.



J’aime le basket, c’est clair

comme j’aime la neige l’hiver

même si j’ai passé

le dernier quart-temps

sur le banc

pour faute.

JB avait le feu sacré,

on a gagné.

Et moi, j’ai

perdu mon pari.





Coupe


C’est l’heure de payer, Dégueu, me dit JB,

en riant,

et en agitant

les ciseaux,

le frérot.

Mes coéquipiers m’entourent

et m’encouragent.

DÉGUEU ! DÉGUEU ! DÉGUEU ! ils scandent.



JB écarte les deux lames,

empoigne mes cheveux

et choisit une mèche.



Je n’entends pas

ma boucle d’or

tomber,

mais je perçois

l’écho

de cette catastrophe

quand Vondie

mugit :

ET TCHAC !





Catastrophe


nom féminin


Événement inattendu

et non voulu ;

qui provoque souvent des dégâts physiques.



Exemple : si JB n’avait pas été

aussi débile,

s’il n’avait pas cherché à frimer,

il n’aurait pas coupé

cinq mais

une seule mèche et

il aurait évité

cette catastrophe.



Exemple : ce trou BÉANT

sur le côté

de mon crâne

est une terrible

catastrophe.



Exemple : après le match,

maman frôle la crise cardiaque

quand elle découvre

le désastre.

Quelle catastrophe, elle dit,

en se tournant vers papa :

il m’emmènera

samedi

chez le coiffeur

qui se chargera

d’arranger ça.





Maman n’aime pas manger dehors


mais une fois par mois elle nous laisse

chacun son tour choisir un restaurant.

Et même si elle interdit à papa

la moitié du buffet chinois,

aujourd’hui, c’est à lui de décider,

ce sera le Dragon doré.

En vrai, il rêve, je le sais,

de Pollard et de son poulet grillé,

mais maman nous a interdit

d’y retourner à vie.



Dans le restaurant bondé,

elle continue à bouder,

à cause de JB.

Mais, maman, il dit, je n’ai pas fait exprès.

Exprès ou pas, tu dois

des excuses à ton frère, je crois.



Dégueu, je suis désolé d’avoir coupé tes cheveux dégueu !

Tu te marres moins, maintenant, hein, mon vieux ?

je lui frictionne le crâne

avec le poing, sans état d’âme,

et c’est papa qui le sauve, le naze,

avec une de ses blagues aussi nazes :

Pourquoi les joueurs de basket adorent aller au marché ?

Maman demande Pourquoi ?, parce que sinon mon père refuse de continuer.

Parce qu’il y a des tas de paniers !

Il rit tellement qu’il manque de tomber

de sa chaise ! On se met tous à l’imiter

et on oublie un peu mes cheveux,

tant mieux.



Je remplis mon assiette de raviolis et de beignets.

JB demande à papa comment on a joué.

Pas mal, pas mal, mais pourquoi

tu as laissé ce gars te bloquer ? Et, c’était quoi,

Dégueu, ce crossover mollasson ?

À mon époque, jamais, on…



Et pendant que papa nous raconte une anecdote

qu’on a déjà entendue cent fois,

maman retire la salière de la table, et

JB retourne au buffet.

Il rapporte trois sachets

de sauce aigre-douce, un bol de chou blanc,

et il me les tend.

Papa se tait, maman dévisage JB.

Mais Josh ne t’a rien demandé.

C’est pas ce que tu voulais, Dégueu ? me lance mon frérot.

Et même si je n’ai pas prononcé un seul mot

je lui dis merci

parce que

si.





Portées disparues


Je n’ai rien

d’un mathématicien…

a + b me mène

rarement à c.

Avec les plus et les moins,

je m’en sors,

mais on n’est pas pour autant comme les doigts de la main.

En bref, je ne suis pas Pythagore.



Voilà pourquoi,

chaque fois

que je compte

les mèches

sous mon oreiller,

chaque fois, je tombe

sur trente-sept

plus une larme.

Et ce résultat

je ne me l’explique pas.





Le placard des parents


c’est zone interdite,

et chaque fois que JB veut

fouiller

Dans les affaires de papa, je dis non, pas question.

Mais aujourd’hui, quand j’ai demandé

à maman

une boîte pour ranger mes cheveux,

elle m’a proposé de prendre

une de ses boîtes à chapeau

sur l’étagère du haut.



À côté de la boîte violette, il y a

le petit coffre de papa.

La clé dans la serrure

me supplie presque

de la tourner.

Et je viens de craquer quand j’entends une voix :

Qu’est-ce que tu fous, là ?

Mon frérot est sur le seuil de la chambre,

je suis pris la main dans le sac…

Dégueu, tu veux toujours pas me parler ?

…

Je suis vraiment désolé pour tes cheveux, Dégueu.

J’ai une dette, frérot, c’est moi qui tondrai

la pelouse jusqu’à la fin de l’année et

je ramasserai les feuilles… et, si tu veux, je pourrai

même te laver les cheveux.

Oh, tu as envie de jouer au plus malin, hein ?

Il va sentir sa douleur, c’est certain !



Alors, qu’est-ce que tu fous ici, Dégueu ?



Rien, maman m’a proposé une boîte à chapeau.

Ça ne ressemble pas à une boîte à chapeau.

Montre-moi ça, gros.



Et voilà comment

on se retrouve à explorer

un monceau de papiers,

des articles de journaux sur Chuck Bell, « Le Boss »,

des places pour des rencontres,

de vieux prospectus

et…



LA VACHE ! Elle est là, Dégueu, s’écrie JB.

Même si on a déjà vu papa

porter des tas de fois

sa bague du championnat,

la tenir pour de vrai

est encore plus magique qu’on l’imaginait.

Essayons-la, je murmure.

Mais JB a déjà pris de l’avance et la passe

sur chacun de ses doigts,

jusqu’à trouver le bon.

Il y a quoi d’autre, JB ? je lui demande,

en espérant qu’il comprendra que c’est

mon tour de la porter.



Des tas de papiers sur les exploits de papa,

ses triple-double et ses paniers à trois points,

et aussi sur la fois où il a enchaîné

cinquante lancers francs en finale des JO.

JB me passe la bague, et un article en italien

sur les crossovers de papa,

bellissimi !, bravo !

et son contrat

avec la Ligue européenne de basket.



On sait déjà tout ça, JB.

Rien de neuf à se mettre sous la dent ? je demande.

Alors mon frérot dégote une enveloppe.

Je m’en empare, remarque le mot

CONFIDENTIEL

tamponné en très gros.

Au moment où je veux

la ranger, JB me la pique.

Allez, il m’encourage. Je tique,

je résiste, prêt à m’arracher

avec la boîte à chapeau,

mais la tentation

est trop forte.



On ouvre l’enveloppe. Elle contient deux lettres.

La première dit :

Chuck Bell, les Lakers de Los Angeles aimeraient

vous convier à leurs sélections pour les joueurs sans contrat.

La seconde dit :

Votre décision de renoncer à vous faire opérer

de votre tendinite rotulienne, monsieur,

aura sans doute pour conséquence que

vous ne pourrez plus jamais



jouer.





Tendinite rotulienne


nom féminin


Trouble

apparaissant quand le tendon

qui relie la rotule

au tibia

subit une inflammation

après une trop grande sollicitation,

surtout dans les sports où les sauts sont fréquents.



Exemple : sur l’étagère du haut,

au fond de la chambre des parents,

dans un petit coffre-fort,

JB et moi, on a découvert

que notre père avait le genou du sauteur,

aussi appelé tendinite rotulienne.



Exemple : quand il était encore un bleu,

mon père a mené son équipe

au championnat de l’Euroligue,

mais à cause de cette tendinite rotulienne,

il est passé du statut de star,

qui exécute des fadeaways à un million de dollars,

à celui de star

qui ne rapporte

plus un dollar.



Exemple : je me demande pourquoi mon père

ne s’est jamais fait opérer

de sa tendinite rotulienne.





Le dimanche après la messe


Quand les prières se terminent

et que les portes de l’église s’ouvrent,

les Bell occupent le devant de la scène.

En effet le rideau se lève

sur un match improvisé,

après le déjeuner

dans le gymnase du quartier.

Le casting est composé de débutants et d’habitués,

tous ont des surnoms de personnages de dessins animés :

Flapjack,

Scoobie

et Cookie.

Le son est à fond.

Les basses vibrent,

la foule se masse.

On entend du hip hop et des vacheries,

des taquineries non-stop, mais

dès que la partie a commencé

tout le monde se tait.

Papa me fait une passe directe à une main,

j’enchaîne avec une passe dans le dos pour JB,

qui marque un panier à trois points.

Chez nous, voilà comment on s’occupe

le dimanche après la messe.

On va jouer.





Règle no 2


(un texto de papa au pif)

attaquer agressif

défendre offensif

courir vite

changer de pied

jouer le dribble

viser tirer

travailler intelligent

vivre encore plus intelligent

se donner à fond

s’entraîner encore plus à fond.





Filles


Je vais à la cantine avec JB.

Têtes tournées. Regards scotchés.

Contrairement à lui, je n’ai pas le crâne rasé,

mais avec mes tifs coupés

je fais mon petit effet.

Une fois qu’on est posés,

les questions sont lancées :

Pourquoi tu as viré tes dreads, Dégueu ?

Comment on va pouvoir vous distinguer, tous les deux ?

JB répond : Facile, je suis le dieu vivant

des lancers francs,

et je gueule :

JE RÉUSSIS LES DUNKS COMME PERSONNE !

Avec nos blagues trop bonnes,

on a autant de succès l’un que l’autre.

Une fille qu’on n’a jamais vue avant,

en Reebok roses et jean moulant,

s’approche de notre table en ondulant.

JB ouvre des yeux aussi grands que l’océan,

sa mâchoire se décroche et sa langue pend,

son sourire de bouffon est franchement embarrassant.

Alors quand elle balance :

C’est vrai que les jumeaux

partagent un seul cerveau ?

Je lui réponds aussitôt

qu’il n’y a pas besoin d’être son jumeau

pour connaître les pensées

de JB.





Pendant que Vondie et JB


débattent pour savoir si la nouvelle

est magnifique ou juste belle,

mignonne ou canon,

s’il faut privilégier le dunk ou la course de fond,

je finis mes devoirs d’anglais…

et ceux de JB,

sans rechigner,

vu que c’est ma matière préférée,

et qu’il a fait la vaisselle à ma place le week-end dernier.

C’est juste un peu dur de se concentrer

dans ce réfectoire,

quel foutoir !

Dans un coin, les pom-pom girls répètent,

dans un autre, un groupe de rap se la pète,

sans oublier Vondie et JB

qui se la jouent poètes

de l’amour et du basket.

Alors quand ils me demandent soudain :

Et toi, Dégueu, tu en penses quoi, hein ?

Je leur assène :

elle est sublime.





Sublime


adjectif


qui est d’une beauté extrême,

parfait dans son genre.



Exemple : tous les gars

de la cantine

essaient d’approcher

la nouvelle

parce qu’elle

est sublime.



Exemple : je ne suis jamais sorti avec une fille,

mais si ça arrivait, je peux vous garantir,

sans mentir,

qu’elle serait sublime.



Exemple : attendez une minute…

pourquoi la sublime nouvelle

est-elle en train de parler

avec JB ?





Entraînement


Le coach aime citer

L’Art de la guerre :

Pour gagner, il ne faut pas seulement compter

sur la préparation.

Il faut surtout savoir s’adapter à l’imprévu.

Puis il nous fait faire

des exercices de jeux de jambes,

suivis

de quarante sprints entre

la ligne de fond et

la ligne médiane.

Le coach dit :

Le premier sera dispensé

d’entraînement aujourd’hui.

Vondie décolle à toute blinde

une vraie fusée,

et ses immenses jambes

lui donnent l’avantage,

mais je suis le plus rapide

de l’équipe,

et à la quarantième accélération

je donne tout ce que j’ai, j’y vais à fond,

je prends la tête de quelques centimètres,

pourtant, je le laisse gagner.

Et je me prépare à m’entraîner

deux fois plus dur.





En rentrant à la maison


Hé, JB, à ton avis, on peut gagner

le championnat départemental, cette année ?

J’en sais rien, frérot.

Hé, JB, à ton avis, pourquoi

est-ce qu’il ne s’est jamais

fait opérer du genou, papa ?

Frérot, j’en sais rien.

Hé, JB, à ton avis, pourquoi papa ne peut pas manger…

Écoute, Dégueu, on gagnera sûrement

si tu arrêtes de foirer tes lancers francs.

Personne n’aime les docteurs.

Et papa ne peut pas manger trop salé

parce que maman l’a décidé.

D’autres questions ?

Ouais, une dernière.

Tu veux te faire

un vingt-et-un

à la maison ?

Bien sûr, il me répond.

Tu as dix dollars ?





Homme à homme


Dans la cour, je

DRIBBLE COMME UN DIEU

crois-moi, JB, tu vas en prendre plein les yeux.

Je vais direct MARQUER ce PANIER.

regarde bien où tu mets les pieds.

Je ne voudrais pas te voir

T

O

M

B

E

R.

Tu aurais dû aller faire du shopping

avec ta nouvelle COPINE…

Contente-toi de jouer ! me hurle JB.

D’ac, mais fais GAFFE, FRÉROT,

LE LOVER DU GHETTO.

Je vais passer en MODE

COMMANDO.

Allez balance, il me lance.

Et c’est parti, rien ne pourra m’arrêter.

Ça GLIIIIIIIIIIIISSE tout seul et je le fais

chuter.

Je suis un vrai vicieux, ouais,

le sol avait besoin d’un coup de balai.

Au moment où je m’apprête à tirer,

maman siffle la fin des hostilités :

Josh, viens ranger ta chambre !





Après le dîner


papa nous emmène

au terrain municipal

pour qu’on s’entraîne.

Pendant qu’on enchaîne

les lancers francs

d’une main,

il se plante à cinquante centimètres de nous

et agite les bras comme un fou.

Ça vous apprendra la concentration !



Trois joueurs

de la fac du coin

le reconnaissent

et lui demandent

en rigolant

des autographes

pour leurs « parents ».

Papa se marre.

JB les ignore.

Je les provoque :

on verra bien

si vous rirez toujours

quand on vous aura mis la pâtée,

les amateurs.

OHHHH, le gamin

sauterait aussi haut

que son daron ? lance le plus grand.

Tout ça, c’est du vent, intervient papa. Si vous en êtes,

faisons une partie. Les premiers à onze.

Le grand demande à papa s’il a besoin de béquilles,

puis il m’envoie le ballon,

et le match commence.

JB a juste eu le temps de crier :



Le perdant lâche vingt billets !





Après notre victoire


J’aperçois la fille

aux Reebok roses

qui fait des paniers

sur le terrain d’à côté.

Alors comme ça, elle joue aussi ?

JB la rejoint

et je vois bien

qu’elle lui plaît

parce que quand elle s’élance

pour un tir en course,

il n’essaie pas de lui piquer

le ballon, comme il le fait

toujours avec moi,

cet abruti.

Il reste juste planté là,

avec un air d’abruti

et il sourit

à la fille

aux Reebok roses.





Papa nous emmène manger des beignets et nous raconte (encore) son anecdote préférée


JB demande : Elle ne t’a pas interdit les sucreries, maman ?

Votre mère n’est pas là, ça ne compte pas,

répond papa en mordant

dans son troisième beignet au chocolat.

Belle précision, aujourd’hui, les gars.

On leur a mis une de ces pâtées, à ces mecs…

Je m’étonne : pourquoi on a refusé leur argent, papa ?

C’étaient des mômes, Dégueu, des petits joueurs.

La tête qu’ils faisaient

après s’être couchés

sans avoir marqué un seul panier…

Pour moi, c’était bien assez.



Vous vous rappelez

quand vous aviez deux ans et

que je vous apprenais déjà à jouer ?

Vous aviez une bouteille dans la main,

et un ballon chacun.

Votre mère pensait que j’étais fou.

Et J’ÉTAIS fou.

Fou de vous.

Mes jumeaux…



Un jour, l’année de vos trois ans,

je vous ai emmenés faire des lancers francs

sur le terrain de la ville.

L’employé, d’abord pas facile facile,

a ironisé : « Ce panier de trois mètres, mon gars,

c’est pour les grands. Vos mômes, là,

ils auraient autant de chances de réussir s’ils visaient

le soleil. » Et il s’est marré.

Alors je lui ai demandé si un malentendant

pouvait écrire de la musique. « Han ? »

Avant de sortir une clé anglaise, il a ajouté :

« Je vais le baisser, ce panier. »



On se rappelle, papa, très bien.

Ensuite tu nous as parlé de ce célèbre musicien,

Beethoven, qui était sourd.

Pourquoi il faut toujours

que tu nous racontes les mêmes…

Et

il me coupe :

La prochaine fois que tu m’interromps,

je reprends depuis le début, fiston.

Alors, j’en étais à ce point…

Je vous ai donné un ballon à chacun.

Puis je vous ai placés entre la ligne de lancer franc et le panier.

Je vous ai dit de tirer.

Vous l’avez fait. C’était un

régal pour l’oreille. Comme

l’ouverture de la cinquième de Beethoven.

Pom pom pom pommmmmmm. Pom pom pom pommmmmmmm.

Vos tirs ont sifflé. On aurait cru l’arrivée

en gare d’un train. Je savais

que vous réussiriez. Et je ne m’étais pas trompé.

Le type était soufflé.

Il m’a regardé

comme si un train

venait justement de lui passer

sous le nez.





Règle no 3


Ne laissez jamais personne

baisser le panier pour vous.

Les attentes des autres

dépendent de leurs propres limites.

Le ciel, voilà votre limite, mes garçons.

Visez toujours

le soleil

et c’est vous qui brillerez.





Josh refait le match


Les Red Rockets,

champions départementaux de basket

en titre sont dans la place ce soir.

Tout leur bahut est venu en renfort.

Les gradins dégoulinent de rouge.

Ils sont en train de nous battre

29 à 28

moins d’une minute de jeu encore.

Je suis devant la ligne de lancer franc.

Il me suffit de réussir

les deux tirs

pour reprendre l’avantage.

Le premier monte, MONTE et…

BOUM ! il rebondit sur le cerceau.

Le second a l’air… très… bie…

ENCORE MANQUÉ !

Mais

Vondie saisit la balle au rebond

et nous offre vingt-quatre secondes de jeu supplémentaires.

Le numéro 33 des Red Rockets

intercepte le ballon.

On dirait un match de ping-pong

Aller-retour, aller-retour.

Il traverse le terrain

en sens inverse

pour lui, la partie est pliée… OHHHH !

Houston, on a un problème !

Je récupère le ballon

et le fais rebondir

sur le Plexiglas.

Vous avez déjà vu un collégien tenter un coup pareil ?

Ça m’étonnerait !

JB et moi, on est des stars ce soir.

Les Red Rockets optent pour une défense tout terrain.

Mais je franchis la ligne juste à temps.

Dix secondes.

Je fais une passe à mon frangin.

Les Red Rockets tentent une prise à deux : pas question

de lui laisser cette occasion

de marquer un trois points.

Cinq secondes.

JB lobe,

je m’élance comme un jet…

Les collégiens ne sont pas censés

maîtriser

les dunks. Mais devinez quoi ?

Je récupère le ballon en plein vol et

BAM !

VLAN ! PRENEZ-VOUS ÇA !

Alors c’est qui Le Boss ?

Revoyons un peu cette action…

Ah mais non, j’oubliais, les ralentis

c’est réservé à l’université.

En tout cas, avec un jeu pareil,

JB et moi, on est sûrs

d’y aller.





La nouvelle


vient me parler

à la fin du match.

Son sourire est aussi vaste que l’océan,

alors que ma bouche à moi est un gouffre béant.

Joli dunk, elle dit.

Merci.

Vous comptez profiter

des vacances de Thanksgiving pour vous entraîner ?

Ça oui !

Cool. Au fait, tes dreads, pourquoi tu les as coupées ?

Tu étais mignon, avec, je trouvais.

Juste derrière moi, Vondie se marre comme un con.

Il l’imite : Tu étais mignon…



Puis JB nous rejoint.



Salut, JB, bien joué !

Je t’ai apporté du thé glacé.

Il lui demande : bien sucré ?



Et voilà comment JB

s’est retrouvé

à siroter du thé glacé

avec la nouvelle.





J’ai loupé trois lancers francs ce soir


Tous les jours

après le dîner

papa nous fait

tirer

des lancers francs

jusqu’à ce qu’on en marque dix

d’affilée.



Ce soir il augmente

le niveau :

quinze.

Voilà

le nouveau graal.





Règle no 4


Dans la vie aussi

quand on rate

trop de lancers francs

on finit toujours

par le payer.





Une mère


C’est bien quand elle intervient

après le trente-sixième lancer franc loupé,

qui vous laisse les bras en purée.

Mais ça peut être embêtant

quand elle est également

la directrice adjointe du collège.

Tellement embêtant…

Parce qu’elle n’a qu’un mot à la bouche, franchement,

les études, les études, les études.



Après un match et deux prolongations,

c’est bien simple, j’ai

trois envies : manger, me laver et pioncer.

Et certainement pas ÉTUDIER.

Mais, tous les soirs, maman

nous force à lire un bouquin.

Je ne sais pas comment il se débrouille, mon frangin,

il écoute son iPod en même temps.

Du coup il ne m’entend pas, évidemment,

quand je lui demande

si Miss Thé Glacé est sa copine.



Il prétend qu’il écoute du classique français,

que ça l’aide à se concentrer.

À d’autres ! Ça ressemble en vrai

à la chanson de Jay-Z et Kanye,

Paris.

Et c’est pour ça aussi,

que quand papa et maman commencent à se disputer

il n’entend rien non plus, JB.





Maman crie


Va faire un bilan ! L’hypertension est héréditaire.

Je vais bien, ma chérie,

arrête de me marquer à la culotte, chuchote mon père.



N’essaie pas de m’embobiner, ce n’est pas un match de basket, Chuck Bell.

Je n’ai pas besoin de médecin, je me porte comme un charme, ma belle.



C’est ça, et ton père non plus n’en avait pas « besoin ».

Il était en vie quand on l’a emmené à l’hôpital pour recevoir des soins.



Alors tu as peur des hôpitaux maintenant ?

Qui a parlé de peur ? Je vais bien, ça n’est pas méchant.



Ce n’est rien ? Mais tu t’es évanoui !

Mon cœur s’est emballé quand je t’ai vue, ma chérie.



Ça ne me fait pas rire…

Chérie, détends-toi. J’ai juste eu un petit vertige.



Tu m’aimes ?

Comme l’été aime les nuits courtes.



Va faire un bilan, dans ce cas.

Le seul remède dont j’ai besoin, c’est toi.



Je suis sérieuse, Chuck, vraiment.

Le seul médecin dont j’ai besoin, c’est le Dr Crystal Bell.

Approche un peu maintenant…



Ensuite vient le silence, alors je fourre

la tête sous mon oreiller

Parce que quand ils arrêtent de parler…



Je sais très bien quelle conclusion en tirer.

Beurrrrrk !





Hypertension


nom féminin


Maladie

appelée communément

tension.



Exemple : maman veut que papa,

surveille son alimentation, parce qu’un excès de sel

augmente le volume

sanguin,

ce qui peut provoquer l’hypertension.



Exemple : l’hypertension

peut toucher n’importe qui,

mais le risque est plus élevé,

quand un autre membre de la même famille

a déjà eu cette maladie.



Exemple : je crois que mon grand-père

est mort à cause de son

hypertension.





Pour m’endormir


Je compte

et recompte

les trente-sept reliques

de mon passé

dans la boîte cachée

sous mon lit.





Pourquoi on a dû se contenter de salade à Thanksgiving


Chaque année

mamie nous sert un gigantesque dîner

savoureux,

mais, c’est malheureux,

deux jours avant Thanksgiving

bim !

elle est tombée du perron

de sa maison

en sortant faire le marché.

Alors Oncle Bob, le frère cadet

de notre mère

(qui fume le cigare tout le temps

et se prend pour un chef de talent

parce qu’il regarde

des émissions culinaires)

a décidé de concocter un

festin

pour la famille au complet.

Il était composé

de macaronis sans fromage, et

de pain au maïs sec, et

d’un jambon verdâtre si répugnant

que maman

a été obligée de lui demander en grimaçant

s’il lui restait des œufs à servir… en accompagnement.

Mamie a tellement rigolé

qu’elle est encore tombée…

mais de son fauteuil roulant, pour changer.





Comment arrivent les ennuis ?


Pendant l’interro d’anglais

JB me fait passer

un mot destiné

à Miss Thé Glacé,

assise juste devant

moi, et carrément

canon avec son jean rose.

Elle a aussi les baskets assorties, elle ose.



Quelqu’un entrouvre une fenêtre.

Une brise fraîche pénètre.

Ses cheveux dansent sur un air qu’eux seuls connaissent.

À cet instant j’oublie le test

et le mot de JB

jusqu’à ce qu’il me donne un coup sur la tête

avec son crayon à papier.



Entre deux définitions,

camaraderie et résignation,

je tapote l’épaule dénudée de Miss Thé Glacé

avec le mot de JB.

À cet instant précis,

c’est bien ma veine, merci,

le prof relève le nez

et pose les yeux sur moi… grillé !



Je suis une mouche prise dans une toile d’araignée.

Quelle attitude adopter ?

Donner le mot, coller la honte à JB ?

Ou cacher le papier et me faire engueuler ?

Je jette un coup d’œil à mon frère, ce champion,

son front est une usine à transpiration.

Miss Thé Glacé me décoche un sourire

avec ses lèvres roses à mourir.



Je sais ce qu’il me reste à faire.





Mauvaise nouvelle


Je poireaute dans le bureau de ma mère,

pendant une heure entière.

Je lis

des prospectus et des magazines

sur l’armée de l’air et les Marines.



Elle va et vient sans arrêt

une directrice adjointe a des tas de problèmes

à régler :

un parent conteste la mauvaise note de sa fille bien-aimée

un prof remplaçant pleure car il a été bizuté,

une fenêtre cassée…



À la fin de l’heure,

elle finit par s’asseoir

à côté de moi et

elle m’annonce : La bonne nouvelle, c’est

que tu ne seras pas renvoyé.



La mauvaise nouvelle, Josh, c’est

que ni Duke, ni aucune autre université

du pays

n’acceptent les tricheurs.

Puisque je semble incapable

d’élever un garçon respectable

peut-être que l’armée de l’air

ou les Marines sauront y faire.



Je voudrais lui dire que je n’ai pas triché,

que c’est la faute de JB et de Miss Thé Glacé,

que ça ne se reproduira pas,

que Duke est la seule chose importante pour moi,

mais

un tuyau vient d’éclater dans les toilettes des filles,

eh ouais.



Alors je lui dis que je suis désolé

que ça n’arrivera plus jamais

et je me dirige vers le cours suivant en traînant les pieds.





Les cours de sport


sont censés tourner autour des ballons :

ballons de volley, de basket, de handball, ballons

de foot… On fait aussi parfois des exercices de musculation

et on sort toujours couverts de transpiration.



Mais aujourd’hui M. Lane nous a demandé

de ne pas nous changer.

Il nous a réunis pour nous parler –

un mannequin est allongé à ses pieds.



Un torse en plastique sans visage, hideux.

Ce n’est pas sur lui que sont posés mes yeux

et je n’écoute qu’un mot sur deux,

mon attention est focalisée sur eux.



Je regarde Jordan passer

des petits mots à Miss Thé glacé.

Et je ne peux pas m’empêcher

de m’interroger sur leur contenu, de rêvasser.



Josh, réveille-toi et viens

me donner un coup de main !

Quoi ? Hein ?

Évidemment les autres font les malins.

Je n’ai pas le temps de protester

j’ai un mannequin à réanimer,

il faut lui pincer le nez

et lui souffler dans la bouche

faire comme si c’était

la réalité.



Massage cardiaque, maintenant

trente pressions en comptant

et pendant tout ce temps

je me répète que si la vie est juste, vraiment…



Un jour, c’est moi qui échangerai

des messages avec une fille à tomber

et JB qui devra donner des baisers

à un mannequin déglingué.





Conversation


Hé, JB,

j’ai fait un match improvisé

en ville tout à l’heure.

Au début, les autres joueurs,

plus vieux,

se sont foutus de moi,

ils ne voulaient pas

que j’entre sur le terrain sauf si je

réussissais

à marquer depuis la ligne médiane.



Bien sûr, j’ai assuré. Direct dans le panier.



J’attends une réaction de JB,

mais il se contente d’un sourire rêveur,

les yeux dans le vague, l’air songeur.



Je leur ai montré, à ces vioques

ce que les Bell ont dans le froc.

J’ai marqué quatorze paniers.

Ils m’ont dit que je devrais

passer les sélections pour l’équipe junior

parce que je suis un sauteur en or…



JB, tu m’écoutes ?



Il hoche la tête, tout en tapant

sur son ordi, il doit être en

train de chatter

avec Miss Thé Glacé.



Je leur ai aussi parlé de toi, frérot.

Ils sont ok pour qu’on revienne leur faire notre numéro

et pour qu’on joue avec eux, à l’occasion.

Qu’est-ce que tu dis de ça, champion ?



ALLÔ, JB ?



Il m’entend, évidemment,

mais le seul son qu’il écoute maintenant

c’est celui de son cœur,

et de ses rebonds,

sur le terrain

de l’amour.





Conversation


Papa, à cause de cette fille, Jordan

est bizarre, franchement.

Il est là, mais c’est comme s’il était absent.

Il a un sourire permanent.

Son regard se voile d’un nuage

dès qu’elle est dans les parages,

et même parfois quand elle est loin.

Il porte ton parfum,

il lui envoie des messages,

il est même allé au collège en mocassins.

Papa, tu dois faire quelque chose, hein.



Mon père fait quelque chose.

Il éclate de rire.



Dégueu, si j’essayais

de parler à ton frère en ce moment,

ce serait aussi vain et sot

que vouloir ramasser de l’eau avec un râteau.



Je suis sérieux, papa.

Parle-lui

je t’en supplie.



Dégueu, si une fille a jeté

un sort à JB

c’est comme s’il était derrière les barreaux.

Allez viens, je t’offre un beignet pour oublier, mon beau.





Règle no 5


Quand on arrête

de jouer

on a déjà

perdu.





Frime


On mène de seize points,

à six secondes de la fin.

JB sourit,

il est en terrain CONQUIS.

Un pas

de

côté,

Un petit tour et il

V

I

S

E

bim BAM BOUM

paniiieeeeeR !!!

à plus de deux mètres.



Quel frimeur.





En vrille


Non mais c’est scandaleux !

Enfin, monsieur l’arbitre, ouvrez les yeux !

Même Ray Charles, ce pauvre vieux, aurait

vu que ce gamin marchait.

QU’EST-CE QUE VOUS ATTENDEZ POUR SIFFLER ?

Quelle bande de RATÉS !



Maman n’était pas

là

ce soir,

ce qui veut dire

que, pendant le match,

papa a pu se défouler

en toute liberté.

Et il ne s’est pas gêné.





Maman m’appelle dans la cuisine


Après notre victoire de la soirée.

En temps normal, elle me fait goûter

son gratin de macaronis

ou son poulet rôti,

histoire de s’assurer que le fromage file bien,

que la viande n’est pas trop grasse et cuite à point,

mais ce soir sur la table trône fièrement

un bol de crème marron avec des grumeaux inquiétants.

À côté, il y a une assiette avec des morceaux de pita.

Peut-être bien que maman passe la

soirée avec son club de lecture, ça arrive.

Assieds-toi, me dit-elle et je mets une distance de sécurité

entre le bol et moi. Peut-être que le poulet

est au four en train de dorer.

Où est ton frère ? elle demande.

Sans doute au téléphone avec cette fille.

Elle me tend un morceau de pita.

Non merci, je dis, avant de me lever pour la planter là,

mais elle me jette un regard qui

m’informe qu’elle n’en a pas fini

avec moi. Peut-être que le gratin est

en train de cuire.

On vous a déjà parlé de votre grand-père, elle dit.

C’était quelqu’un de bien. Je suis désolée que la vie

vous ait privés de la chance de le rencontrer.

Moi aussi.

Il avait l’air classe avec son uniforme, je dis.

Il était encore plus classe que tu ne l’imagines.

Papa raconte qu’il avait l’habitude de jurer

et de parler de la guerre sans s’arrêter.

Maman ne rit pas longtemps, elle redevient grave.

Je sais qu’on vous a raconté

que votre papy avait succombé

à une chute, mais en vérité

s’il est tombé,

c’est qu’il avait fait une attaque. Il avait

une maladie du cœur. Trop d’années

à mal s’alimenter et à ne pas faire attention…

Pourquoi tu me racontes ça ? Je pose la question

même si je connais déjà la réponse.

Eh bien, Josh, il y a dans notre famille

des antécédents cardiaques, mon bonhomme.

Il est temps de nous mettre à manger sainement en somme.

Surtout ton père. Nous allons commencer

dès ce soir, c’est pour cette raison que j’ai préparé

du houmous et des pitas.

ALORS ON VA FÊTER MA VICTOIRE COMME ÇA ?

Josh, on va essayer de laisser un peu de côté

la friture et le Dragon doré.

Et quand votre père vous emmène jouer en ville,

je ne veux pas que vous mangiez de beignets, compris ?

Elle n’imagine pas à quel point je comprends…

Mais le houmous est-il la solution, vraiment ?





35-18


voilà le résultat final

de la sixième rencontre.

Un correspondant local

nous interviewe, mon frère

et moi, pour comprendre comment

on fait pour être aussi doués.

Papa hurle derrière,

Ils ont tout appris du Boss, yeah !

Les parents et les élèves, nombreux,

sont morts de rire, eux.



Sur le chemin du retour,

papa nous propose

de faire un détour

pour avaler un beignet vite fait.

Je lui réponds que je n’ai pas faim et

que les devoirs se sont accumulés,

alors qu’en vérité

ce midi

je n’ai rien mangé

et que j’ai terminé mes devoirs pendant

la mi-temps.





Inquiétude


Dernièrement, j’ai eu le sentiment

que tout allait bien

dans ma vie :

j’ai battu JB à la Playstation, eh oui,

et notre équipe est invincible, c’est vrai.

J’ai eu un A+ à mon contrôle d’anglais.

En prime, maman est à une conférence,

en conséquence,

on est peinards au collège.



En même temps, je me fais un peu de souci,

parce que le coach dit :

Quand tout va bien

dans la vie,

on s’habitue facilement,

et on n’est jamais préparé

à ce que ça puisse mal tourner.





J’en suis à mon trente-septième lancer franc


On tire à tour de rôle,

on change chaque fois qu’on se prend une tôle.

JB, lui, en a enchaîné quarante et un,



dont douze d’affilée, le gros malin.

Dégueu, tu perds du terrain, mon gars, tu perds du terrain, il dit.

Papa éclate de rire et s’écrie :



Dégueu, ton frère est en train de devenir

un spécialiste du tir.

Tu ferais mieux…

Et soudain il se plie en deux,



une expression de terreur dans les yeux,

et il se met à tousser,

une main sur la poitrine, crispée.



Aucun son ne sort de sa bouche. Je me fige.

JB se précipite.

Papa, ça va ? il demande.



Je reste pétrifié. Un filet de

sueur dégouline sur le visage de papa.

Il est en surchauffe ? Oui, c’est ça.



Ses lèvres entrouvertes évoquent

l’ouverture d’un petit tunnel noir.

JB s’empare

du tuyau

d’arrosage et



ouvre le robinet à fond pour l’arroser

Une partie de l’eau

entre dans la bouche de papa. Soudain, il

tousse.



Il n’a plus besoin de s’appuyer

contre la voiture, il s’est redressé

et s’approche en riant à gorge déployée.



Alors JB s’y met aussi.

Papa lui pique le tuyau

et nous asperge d’eau.



Je ris également.

Mais en façade, seulement.





Il a sans doute


eu un truc coincé

dans la gorge, dit JB

quand je lui demande

s’il pense que

papa a fait un malaise

et si on ne devrait pas

en parler

à maman.



Alors quand le téléphone sonne,

c’est une drôle de coïncidence,

je trouve,

parce qu’après avoir dit bonjour,

mon frère me balance le combiné.

JB a beau remuer les lèvres

il est muet,

comme s’il avait un truc coincé

dans

la

gorge.





Coïncidence


nom féminin


Événements qui se produisent

en même temps,

de façon plus ou moins fortuite.



Exemple : le fait que Vondie déteste l’astronomie

alors que sa mère est employée

de la NASA

est une coïncidence.



Exemple : ça n’est pas une coïncidence

si papy est mort

à l’hôpital

et si papa n’aime pas

les médecins.



Exemple : n’est-ce pas une drôle de coïncidence

que ce frimeur de JB,

qui roule des mécaniques,

soit trop pudique

pour parler

à Miss Thé Glacé

et préfère me tendre le combiné ?





C’est Alexia… Est-ce que je pourrais parler à Jordan ?


Les jumeaux

sont des gens

comme les autres,

sauf qu’ils se ressemblent

et que, parfois,

ils ont exactement la même voix.





Conversation téléphonique (Josh joue Jordan)


C’était ton frère ?

Ouais, c’était Josh. Je suis JB.



Je sais bien qui tu es, imbécile… Je t’ai appelé.

Ah oui, bien sûr. Tu as des frères et sœurs, Alexia ?



Deux sœurs. Je suis la dernière.

Et la plus jolie.



Tu ne les as jamais vues.

Pas besoin.



Tu es adorable.

Adorable de lapin.



Euh, c’était quoi ce jeu de mots pourri ?

Tu me connais… sorry.



Jordan, je peux te demander un truc ?

Ouais.



Tu as reçu mon texto ?

Euh, ouais…



Alors réponds-moi.

Ah… je ne sais pas.



Arrête de jouer les imbéciles, JB.

Ce n’est pas ce que je fais.



Alors réponds-moi. Vous êtes riches ?

J’en sais rien.



Ton père ne jouait pas en NBA ?

Non, il jouait en Italie.



Mais il a quand même gagné plein d’argent, non ?

On n’est pas une famille cossue, si c’est ce que tu veux savoir.



Qui utilise l’adjectif « cossu » ?

Moi.



Au collège, tu n’emploies jamais des mots aussi compliqués…

J’ai une réputation à tenir.



Il est cool ?

Qui ?



Ton père.

Très.



Alors, quand est-ce que tu comptes me présenter ?

Te présenter ?



À tes parents.

J’attends le bon moment.



Et c’est quand ?

Euh…



Alors, on est ensemble ou pas ?

Euh, tu ne quittes pas une seconde ?



Aucun problème.



Couvre le combiné, me souffle JB.

C’est ce que je fais, avant de lui chuchoter :



Elle veut savoir si vous êtes ensemble.

Et quand tu comptes la présenter



aux parents. Qu’est-ce que je lui dis, JB ?

Dis-lui que ouais, enfin, je crois, je ne sais pas.



J’ai envie de pisser, il ajoute en quittant le salon,

et en me laissant tout seul, comme un bouffon.



Je suis là, Alexia.

Alors, quel est le verdict ?



Tu as envie qu’on soit ensemble ?

Tu me demandes de sortir avec toi ?



Euh… je crois.

Tu crois ? Je vais devoir y aller alors.



Oui.

Oui, quoi ?



Tu me plais. Beaucoup.

Toi aussi, tu me plais… Mon bébé.



Alors maintenant je suis ton bébé ?

Tout le monde t’appelle JB.



J’ai l’impression que c’est officialisé.

Écris-moi plus tard, ok ?



Bonne nuit, Miss Thé…

Comment ?



Euh, bonne nuit, ma beauté.

Bonne nuit, bébé.



JB sort des toilettes en courant.

Qu’est-ce qu’elle a dit, Josh ? Exactement ?



Elle a dit que je lui plais beaucoup.

Tu veux dire que je lui plais beaucoup ?



Ouais…

C’est ce que je voulais dire.





JB et moi


On déjeune

ensemble

systématiquement,

on grignote

nos sandwiches

au thon

préparés

par maman

tout en

débattant :

Qui est la star des dunks,

Blake ou LeBron ?

Quelle est la meilleure marque,

Nike ou Converse ?

Sauf qu’aujourd’hui

j’attends,

à notre table,

celle du fond,

pendant

vingt-cinq minutes.

J’écris à Vondie

(absent),

je mange une salade de fruits

(déprimant),

et soudain j’aperçois JB

qui débarque

avec Miss Thé Glacé,

pendue au bras

de son bébé.





Un garçon entre dans la pièce


avec une fille.

Ils s’approchent de ma table.

Il dit : Salut Dégueu le Vicieux

comme d’hab,

mais son ton est différent

à cet instant,

et quand il ricane

elle l’imite,

comme si c’était un truc entre eux

et mon blase devient

soudain

une

blague

toute

naze.





À l’entraînement


Le coach dit qu’on doit bosser

notre mental pour changer.

Si on pense

qu’on peut battre l’équipe adverse —

celle du collège Independence

championne en titre

et tête de série,

la seule autre invaincue du circuit —

alors là, on réussira.

Mais à la place des exercices, des sprints et tout ça,

on reste assis comme des cons

à émettre des drôles de sons…

Ommmmmmmmmmm Ommmmmmmmmm…

On fait de la méditation.

Soudain j’ai une vision

de JB à l’hôpital, et sur-le-champ

j’ouvre les yeux en grand.

Je me retourne

et je le vois qui me regarde

fixement

comme s’il avait vu

un revenant.





Deuxième personne


Après l’entraînement, tu rentres seul.

Et ça te fait tout drôle,

parce que, aussi loin que remontent

tes souvenirs, il y a toujours eu une deuxième personne.

Aujourd’hui, tout le long du chemin,

tu fais rebondir ton ballon sans entrain,

mais ton esprit

est ailleurs, lui.

Il ne s’inquiète pas du match à venir

ou des devoirs à finir.

Il ne pense même pas au dîner.

Tu te demandes ce que JB

et sa copine aux Reebok roses font en ce moment.

Ça te saoule d’aller à la bibliothèque évidemment.

Mais tu y vas.

Parce que tu dois

rendre ta fiche sur Le Passeur

demain, à la première heure.

Sauf que JB a ton bouquin.

Et il est avec elle, il est loin.

Il n’est pas là avec toi.

Et c’est injuste.

Il n’est pas là pour débattre comme un putois,

pour déterminer qui fait la loi,

de Bill Russell ou de Michael Jordan,

dont vous êtes trop fans.

C’est injuste

parce que JB ne déjeunera pas

avec toi,

ni demain,

ni après-demain.

Parce que tu rentres

tout seul

et que ton frère est le roi du monde.





Cinquième roue


Tu entres dans la bibliothèque,

Tu jettes un coup d’œil au rayon musique,

tu feuillettes des magazines et

tu t’assieds pour faire semblant de travailler.

Tu demandes à la bibliothécaire où tu peux trouver Le Passeur.

Elle te fait une réponse bizarre :

Tu as trouvé ton amie au premier ?

Puis elle t’indique l’escalier.

À l’étage, tu dépasses sans traîner

les ordinateurs bien alignés.

Des élèves consultent leur profil Facebook.

et d’autres attendent…

pour consulter leur profil Facebook.

Au rayon des biographies,

tu aperçois un vieux, qui lit

Le Point de Bascule, avec attention.

Tu te diriges vers le fond,

la fiction pour adolescents,

après tout, tu es venu pour ça, nan ?

Tu sors le livre

de son étagère.

Et là, soudain,

derrière la dernière

rangée de bouquins,

tu découvres la fameuse

« amie »

que la bibliothécaire a évoquée.

Sauf que ce n’est pas ton amie en réalité,

et qu’elle embrasse

ton frère.





Point de bascule


expression


Moment

où un objet passe

d’un état

à un autre,

radicalement différent.



Exemple : d’après mon père, le point de bascule

de notre économie nationale

a été provoqué par les spéculateurs immobiliers

et les voraces banquiers.



Exemple : si on a une mauvaise note

sur notre bulletin du trimestre,

j’ai peur que

maman atteigne son

point de bascule,

et nous interdise de remettre la main

sur un ballon

de basket.



Exemple : aujourd’hui, à la bibliothèque, j’ai

été au premier, j’ai

cherché Le Passeur, et j’ai

trouvé

mon point de bascule.





Si je ne dors pas


ce n’est pas à cause

du match de demain,

ce n’est pas à cause

des cheveux drus sur mon crâne qui me donnent soudain

l’impression que des insectes font la java,

ce n’est même pas à cause

du souci que je pourrais me faire pour papa.



Si je ne dors pas

ce soir

c’est parce que JB

est au téléphone

avec Miss Thé Glacé

et qu’entre deux éclats de rire

et deux soupirs

il lui dit

qu’elle est à croquer

et qu’il voudrait bien

la manger.

Oh, mais foutez-moi la paix !

J’ai encore faim

et je voudrais bien

avoir, moi aussi,

quelque chose

à croquer.





Surprise


J’ai tout planifié.

Sur le trajet,

je parlerai à JB

d’homme à homme, et je lui dirai

qu’il passe beaucoup plus de temps

avec Alexia maintenant

qu’avec moi

et papa.



Mais j’entends klaxonner.

Je vais regarder

dehors. Il pleut

et JB monte

dans une voiture,

avec Miss Thé Glacé et son père.

Mon plan est foutu en l’air.





Conversation


Dans la voiture

je demande à papa



si prendre rendez-vous chez un médecin

le tuera.



Il me répond

qu’il n’a aucune confiance en eux,



que l’exemple de mon grand-père est éloquent,

qu’on ne peut pas dire que ça lui a permis d’aller mieux,



lui qui s’est retrouvé six pieds sous terre

à quarante-cinq ans.



Mais, je lui réponds, ton père

était très malade, d’après maman.



Papa lève les yeux au ciel,

alors je change de stratégie.



Je lui dis :

Ce n’est pas parce que ton coéquipier,



s’est fait siffler en voulant marquer

que tu ne dois plus jamais



essayer de foncer vers le panier.

Il me dévisage et



éclate d’un rire si retentissant

qu’à peine on entend



la sirène de police

qui rugit.





Début du match : 18 h 00


À 17 h 28

un flic

nous arrête :

un des phares

de papa

est cassé.



À 17 h 30

le policier s’approche

de notre voiture

et demande

à papa

ses papiers.



À 17 h 32

l’équipe sort

du vestiaire

et commence

à s’échauffer

sans moi.



À 17 h 34

papa explique

à l’agent

que son permis est dans son portefeuille

qu’il a oublié à la maison

en toute bonne foi.



À 17 h 37

mon père dit : Écoutez, monsieur l’agent,

je m’appelle Chuck Bell,

et je dois juste accompagner

mon fils

à un match important.



À 17 h 47

pendant que le coach

réunit les Wildcats

pour réciter leur mantra,

je prie, moi, pour que papa

ne soit pas arrêté maintenant.



À 17 h 48

le flic sourit

après avoir vérifié

l’identité

de papa sur Google et dit

« Le Boss », c’est vous !



À 17 h 50

papa dédicace

une serviette en papier

pour le policier

et écope d’un simple avertissement

pour son phare cassé, et

en avant !



À 18 h 01

on arrive au gymnase

mais dans ma précipitation

pour rejoindre le terrain

je glisse et tombe

dans la boue.





C’est la seconde année


que je joue

avec les Wildcats, et

je suis toujours entré

sur le terrain en début de partie

jusqu’à ce soir maudit…

où le coach me demande

de me rendre plus présentable

puis de m’installer confortablement

sur le banc.



J’essaie bien de lui expliquer

mais il ne veut pas entendre parler

de police ou de phares cassés.

Josh, il vaut mieux avoir une heure d’avance

qu’une minute de retard, il me lance,

avant de reporter son attention sur JB

et les autres gars prêts à jouer.



Tous me montrent du doigt

et se moquent

de moi.





Règle no 6


Une grande équipe

doit avoir un bon marqueur

accompagné d’un joueur

très précis et

toujours prêt

à le seconder.





Josh refait le match


Au début

de la seconde mi-temps,

on mène 23 à 12.

J’entre sur le terrain

pour la première fois. Je

suis heureux de jouer enfin.

Dès qu’on fait la paire,

JB et moi,

notre équipe est

imbattable,

imparable,

et, d’ailleurs,

invaincue.

JB remonte le terrain avec le ballon,

le passe à Vondie,

qui le lui renvoie.

Je fais un appel. JB

me trouve dans un coin.

Je sais ce que vous pensez,

c’est le moment rêvé

pour un pick-and-roll,

sauf que j’ai une autre idée.

Je passe le ballon à gauche.

JB pose l’écran.

Et c’est parti…

Je me dirige en bras roulé vers sa droite. Et puis

deux joueurs adverses me prennent en tenaille,

et laissent le champ libre à JB.

Il lève les bras,

attend la passe.

Papa aime dire :

Quand Jordan Bell est démarqué

on peut parier direct sur le panier

à trois points,

la victoire est assurée !

Ce soir, je compte faire sauter la banque.

JB n’a toujours pas d’obstacle,

c’est un boulevard qui s’ouvre devant lui.

Mais j’ai d’autres projets.

Les deux défenseurs ne me lâchent pas d’une semelle,

deux mouches sur un pot de miel.

Vous avez déjà vu un aigle prendre son essor ?

Il s’envole, si haut.

Avec mes ailes, je…

Et c’est à ce moment-là que je me souviens.

MES. AILES. NE SONT. PLUS. LÀ.

Le coach bondit,

papa se relève et crie,

JB, lui, mugit.

La foule hurle.

PASSE LE BALLON, DÉGUEU !

Le chronomètre des tirs indique 5.

Je sème mon double marquage.

4

Le match atteint son point critique.

3

Je vois Jordan

2

Tu le veux tant que ça, ce ballon ? TIENS, LE V’LÀ !

1…





Avant


Aujourd’hui, à mon arrivée

je suis plus sale qu’une cheminée mal ramonée.

Quand JB hurle DÉGUEU le Vicieux !!!

toute l’équipe se marre. Même le coach a un sourire malicieux.



Puis je reste sur la touche toute la première mi-temps.

À cause d’un retard.

Aujourd’hui, je regarde les autres prendre l’ascendant dare-dare.

JB marque quatre paniers d’affilée.

J’entends la foule l’acclamer, papa et maman ne sont pas les derniers.



Je vois JB adresser à Miss Thé Glacé un clin d’œil

après avoir réussi un lancer franc tape-à-l’œil.

Aujourd’hui, je finis par entrer dans la danse

au début de la seconde mi-temps.



JB pose un écran pour dégager la voie,

le coach nous a montré comment faire plus d’une fois,

j’écope d’un double marquage dès que j’ai pivoté,

pile ce qu’on avait prévu, ouais.



Aujourd’hui, je regarde mon frère, démarqué, me faire signe.

Au lieu de quoi, je dribble pour tenter le forcing,

et j’entends le coach, et mon père, crier

de passer le ballon à JB.



Aujourd’hui, j’ai bien l’intention de jouer à deux,

mais quand j’entends mon frère hurler : « DÉGUEU ! »,

je prends

sa direction en dribblant,



et je lui fais une passe

si puissante

qu’elle l’assomme.

Et le sang, de son nez,



continue à couler,

bien après

que la fin du match a été

sifflée.





Après


Durant le court trajet

de l’hôpital à la maison,



il n’y a ni jazz, ni conversation,

rien qu’un silence pesant,



les non-dits sont accablants,

dévorants.

Papa et maman,

sont pleins de gravité, je les ai heurtés.



JB, blessé,

a appuyé sa tête bandée contre la fenêtre,

et, si moins d’un mètre

nous sépare,

j’ai l’impression d’être à des kilomètres



d’eux.





Suspension


Assieds-toi, me dit maman.

C’est un peu comme si j’étais dans son bureau, au collège.



Tu veux un sandwich ?

On est dans la cuisine pour cette raison-là ?



Tu veux un verre de jus d’orange avec ça ?

Maman n’achète jamais de jus de fruits.



Mange, c’est peut-être bien ton dernier repas.

Et c’est parti…



Les garçons qui manquent de sang-froid finissent derrière les barreaux.

…



As-tu perdu la tête, franchement ?

Non.



T’a-t-on élevé, ton père et moi, pour être aussi hargneux ?

Non.



Alors qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez toi, ces dernières semaines ?

…



Pose ce sandwich et réponds-moi.

Je crois que j’ai juste été…



Juste été… fou ? Ou QUOI ?

Mais…



IL N’Y A PAS DE « MAIS » QUI TIENNE ! Exprime-toi, bon sang !

Je n’avais pas l’intention de le blesser.



Tu aurais pu défigurer ton frère définitivement.

Je sais, maman. Je suis désolé.



De quoi es-tu désolé au juste ?

…



Je suis perdue, Josh, aide-moi à comprendre. Quand es-tu devenu une brute ?

Je ne sais pas. J’étais juste un peu en col…



Tu vas te mettre en « colère » chaque fois que JB sortira avec une fille ?

Il n’y avait pas que ça.



Quoi d’autre alors ? Je t’écoute…

Je ne sais pas.



Bon, très bien, puisque tu ne sais rien, voici ce que, moi, je peux t’apprendre…

Je me suis juste un peu emporté.



Ça n’est pas suffisant. Tu as eu un comportement inacceptable.

J’ai dit que j’étais désolé.



C’est à ton frère que tu dois présenter tes excuses, pas à moi.

Je le ferai.



Les actes ont des conséquences, Josh, tu vois.

Et c’est parti : vaisselle pendant une semaine, téléphone confisqué ou, pire, plus de basket le dimanche, pitié…



Josh, JB et toi, vous grandissez.

Je sais.



Vous êtes peut-être des jumeaux, vous avez chacun votre personnalité.

Ça n’est pas une raison pour qu’il cesse de m’aimer.



Josh, ton frère t’aimera toujours.

Si tu le dis…



Les garçons indisciplinés se retrouvent en prison un beau jour.

Ouais, je t’ai entendue tout à l’heure, merci.



Ne joue pas au plus malin avec moi, tu ne réussiras qu’à aggraver ton cas.

Pourquoi est-ce que tu cherches systématiquement à m’effrayer ?



La discussion est terminée. Ton père t’attend, là.

D’accord, mais de quelles conséquences tu voulais parler ?



Tu es renvoyé temporairement.

Du collège ?



De l’équipe, évidemment.

…





Hargneux


adjectif


Qui se montre agressif avec les autres,

avec lequel il est difficile d’échanger.



Exemple : je voulais

les baskets de Stephon Marbury

(des Starbury),

mais papa l’a traité

de millonnaire égoïste,

et mal élevé.

Qui voudrait

être associé

à un type aussi incontrôlable et

hargneux ?



Exemple : je ne comprends pas

comment

je suis passé d’énervé à

grognon puis à

carrément

hargneux.



Exemple : comment présenter ses excuses

à son frère jumeau

quand on a été aussi hargneux…

et qu’on a failli lui

casser

le nez ?





Cette semaine, je


reçois mon bulletin de notes,

je suis dans les premiers de la classe.



J’assiste à la neuvième victoire

de l’équipe.



Je me porte volontaire

à la bibliothèque.



Je mange seul

cinq fois.



J’évite

Miss Thé Glacé.



Je rentre à la maison

en solo.



Je range le garage

pendant l’entraînement.



Jour et nuit

j’essaie de me racheter



Je m’assieds à côté de JB, au dîner,

il change de place.



Je lui raconte une blague,

il ne sourit même pas.



Je fais ses corvées pour lui.

Il ne me dit pas merci.



Je lui présente mes excuses, cent fois,

mais il ne m’écoute pas.





Règle no 7


L’art du rebond

repose sur

l’anticipation,

il faut toujours être prêt

à attraper le ballon.

Et surtout ne jamais le perdre.

Hors de question.





Dernier rang


On est assis près des nuages, et,

chaque fois que l’arbitre commet

le plus petit impair,

mon père fait tomber une pluie d’enfer.

Maman, elle, est comme un parapluie,

sans hésiter, elle se déplie.

Aussitôt papa

se rassoit.



JB a marqué dix-neuf points, le champion,

réussi six récupérations

et trois passes décisives.

Il assure du feu de Dieu,

le parquet brûle sous ses semelles,

il traverse le terrain à tire-d’aile.

Papa hurle :

Il faut appeler

les pompiers,

JB est en train d’incendier

le match, yeah !



L’équipe adverse réclame un temps mort.

Papa, je dis, JB refuse de me parler, encore.

Dans l’immédiat, ton frère ne peut pas

te voir, fiston, me répond papa.

Laisse l’orage passer,

tout va s’arranger.

En attendant, pourquoi tu ne lui écrirais pas

une lettre ?

Bonne idée,

mais je sens que les mots vont me manquer…

Papa a bondi sur ses pieds,

avec tout le reste de l’assemblée :

JB vient de récupérer le ballon et

s’embrase

comme un feu de joie.





Contre-attaque


C’est un

défenseur

à l’a t t a q u e,

une ÉTOILE FILANTE

UN FEU FOLLET QUI FUSE

À TOUTE BERZINGUE.

JB VISE le PLEXIGLAS…

BOING BOING le ballon lui répond

et MAINTENANT il prend SON

ESSOR, il est monté sur RESSORTS,

il s’éLÈVE dans le ciel.

Un signe de tête, il feint

de TIRER,

devient

un boulet de canon,

CROISE DÉCROISE RECROISE

et s’échappe

B

A

D

A

B

O

U

M

Juste au-dessus de l’arceau,

un coup de tonnerre, un quasi DUNK.

Un coude vient d’envoyer JB

Z

O

O

O

O

O

U

M

au tapis.

F A U T E !





Orage


Mon père est un vent violent,

né des nuages, qui prend son élan,



dévale les escaliers, aussi vif,

cinglant et explosif



qu’un éclair. C’est une faute flagrante !

crie-t-il, véritable déferlante.



Il devient tempête, il devient grêlons.

Son visage est aussi dur et froid qu’un glaçon.



Ses mains s’agitent dans les airs.

Dans sa bouche gronde le tonnerre.



Il a taclé JB…

On n’est pas au foot, hé !



Papa rugit sous le nez

de l’arbitre, tandis que JB



et son agresseur se matent, se défient

Et moi je voudrais prendre parti,



participer, me transformer en rafale,

mais maman me décoche un regard fatal



qui m’intime : reste à l’abri de la pluie,

mon grand. Je me contente d’observer, tant pis…



Elle s’élance avec le coach pour arrêter

mon père la tornade. Et



je la vois passer les deux bras

autour de la taille de papa. Et je la vois



le remettre tranquillement sur la voie,

le reconduire vers les nuages. Je la vois



sortir un mouchoir

pour essuyer ses larmes de désespoir,



et le nez de papa qui s’est

soudain mis à saigner.





Le lendemain matin


Au petit déjeuner,

maman dit à papa :

Appelle le Dr Saneuf aujourd’hui sinon…



Le nom est comique, non ?



Je suis désolé d’avoir perdu mon sang-froid,

nous dit papa, tout contrit.



JB demande à maman

l’autorisation d’aller au centre commercial

après l’entraînement aujourd’hui.



Il y a un nouveau jeu vidéo,

et on pourrait l’essayer,

je propose à JB.



Ça fait cinq jours qu’il ne m’a pas parlé.



Ton frère s’est abondamment

excusé pour son erreur, JB,

lui dit maman.



Mon frère a du répondant.

Dis-lui que j’ai lu dans ses yeux

que ce n’était pas une erreur pour le Vicieux.





Abondamment


adverbe


Avec abondance,

en grande quantité.



Exemple : JB devient super nerveux et

il transpire abondamment

chaque fois que

Miss Thé Glacé entre

dans une pièce.



Exemple : l’équipe a abondamment

remercié JB

de nous avoir permis

de franchir

les éliminatoires.



Exemple : maman a dit

que la tension de papa

était si élevée

pendant le match que lorsqu’il s’est emporté

son nez

s’est mis

à saigner

abondamment.





Article no 1 du Daily News (14 décembre)


Les Wildcats de Reggie-Lewis

ont conclu leur remarquable saison

par une victoire explosive

face au collège Olive-Branch.

Privés du phénomène Josh Bell,

pour cause de suspension, les Wildcats,

entraînés par Hawkins, le coach,

ne se sont pas laissés

décontenancer, et sont demeurés

imbattables.

Après une brève bousculade, provoquée par une faute personnelle,

le frère jumeau de Josh, Jordan, a mené l’équipe, tel

George Washington traversant le Delaware,

à la victoire.

Pour la seconde fois consécutive,

les Wildcats sont directement qualifiés

au deuxième tour,

et ils entameront leur quête du trophée

départemental la semaine prochaine

face aux Red Rockets d’Independence,

champions en titre.

Ils devront les affronter sans

Josh Bell, alias « Dégueu le Vicieux »,

que notre rédaction a élu

« Meilleur Joueur » de la saison.





Presque tout le monde


dans la classe

m’applaudit,

et me félicite

d’avoir été élu

meilleur joueur, dans la catégorie collégien,

par le quotidien.



Tout le monde excepté

Miss Thé Glacé.



TU ES MÉCHANT, JOSH !

Et je ne comprends pas pourquoi

ils t’ont donné ce prix, à toi,

après ce que tu as fait à ton frangin.

CRÉTIN !



JB me regarde.

J’attends qu’il dise quelque chose, n’importe quoi

pour défendre son frérot, il n’en a qu’un. Son jumeau.

Mais ses yeux sont deux revolvers déjà déchargés,

et fixés sur une cible éloignée,

à des kilomètres de moi.



Parfois, ce sont les mots tus

qui vous tuent.





Qui veut gagner une réconciliation ?


On n’entend que le bruit

de nos dents qui mastiquent la salade de fruits

de maman, du melon et des fraises



et la voix de l’animateur, ce naze :

sélectionné quatorze fois en NBA, ce sportif talentueux

a aussi joué au baseball en ligue deux



avec les Barons de Birmingham.

Même maman sait de qui tu parles, banane.

Les sélections commencent dans deux jours, papa,



et l’équipe a besoin de moi.

Et j’ai eu de super notes, tu vois.

JB lève les yeux au ciel

et balance la réponse du jeu, celle



qu’on connaît tous : Michael Jordan !

Josh, tes notes ne sont pas le problème, intervient maman.

C’est ton attitude future qui nous importe, avant.



Je vous ai déjà dit que j’adorais Noël, mes petits loups ?

Papa cherche à détendre l’atmosphère.

Ah, la dinde au sirop d’érable de ta mère !

Comme personne ne réagit

il poursuit :

Vous savez ce que la maman dindon



dit à son vilain fiston ?

Si ton père te voyait, là,

Il se retournerait dans son four, ha ha ha !



Personne ne rit.

Puis tout le monde rit.

Chuck, tu es un imbécile, lui dit maman.



On aimerait rencontrer ta nouvelle amie, Jordan, elle reprend.

Mais oui, invite-là donc à dîner, ajoute papa.

Dégueu et moi,

on veut connaître la fille qui nous a piqué notre JB.



Tais-toi, Chuck ! s’écrie maman en le tapant pour plaisanter.

Mon frère répond : « Le coup de fil à un ami, j’y ai droit ? »

Puis il embrasse maman, tape dans la main de papa, mais moi

il

ne

me

regarde

pas.





Cher Jordan,


sans toi

je me sens vide,

je suis un but

sans filet.

J’ai l’impression

que ma vie a été

détruite,

brisée,

en mille morceaux,

sur le terrain.

Je ne trouve plus ma place.

Peux-tu

m’aider à guérir,

courir à mes côtés,

t’entraîner avec moi,

comme autrefois ?

On redeviendrait deux étoiles

qui éclipseraient le soleil,

deux frères

avec le feu sacré.

Ensemble.



PS : pardon.





Je ne sais pas


s’il a lu

ma lettre,

mais ce matin,

dans le bus scolaire

quand j’ai dit :

Vondie, tu as tellement

la grosse tête

qu’on va finir par la confondre

avec le ballon,

j’ai bien vu, au fond,

que JB riait

un peu.





Pas de pizza, pas de frites


La salade

de pousses d’épinards et de

tofu

que maman m’a préparée

pour le déjeuner

aujourd’hui est épouvantable,

mais pas aussi impitoyable

que le regard noir

que Miss Thé Glacé

me lance de l’autre côté

du réfectoire.





Même Vondie


a une copine maintenant.

Elle veut être médecin plus tard.



Elle fait déjà du bénévolat,

a organisé plusieurs tombolas

et elle parle tout le temps, une cata.



Elle a des jambes maigres

et un derrière

tout rond

aussi grand que le Vermont,



où on trouve, elle raconte,

les meilleures tomates du monde



qui se déclinent, d’après elle,

dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel,

même en violet,



elle se sent obligée d’ajouter

que c’est sa couleur préférée,

ce que j’avais déjà deviné,

à cause de ses cheveux.



C’est toujours mieux

et plus rigolo

que d’être en solo,



ce qui est mon cas,

à moi.





Oh-oh…


Pendant que je suis en ligne

avec Vondie

et que je parle de mes

chances de retourner

sur le terrain

avant la fin

de la saison,

j’entends un drôle de bruit de respiration

qui provient de la chambre

de nos parents.



Ça ne peut pas être un chien. On n’en a pas.





Je me précipite dans la chambre


pour résoudre ce mystère

et je trouve mon père à genoux,

par terre, en train de frotter comme un fou



le tapis avec une serviette. Ça pue le vomi.

Tu es malade ? je dis.

Ça doit être un truc que j’ai mangé.



Il s’assied sur le lit et

se plaque une main sur le torse comme s’il prêtait

serment. Sauf qu’il manque un juge de paix…



Tu es prêt à dîner ? il marmonne.

Ça va, papa ? je demande.

Il hoche la tête et me montre



une lettre.

Papa, c’est toi qui toussais comme ça ?

J’ai une grande nouvelle, Dégueu, tu vois.



Laquelle, papa ?

On m’a proposé un poste d’entraîneur dans un collège voisin,

ça débuterait le mois prochain.



Un travail ? Mais… et nous ?

Et maman ? Qui s’occupera de la maison, et de tout ?

Qui nous fera faire des lancers



francs, le soir, pour nous entraîner ?

Dégueu, JB et toi, vous grandissez,

vous vous en sortirez.



Et puis, tu changes tout le temps d’avis !

D’abord tu voulais que j’aie un job et aujourd’hui

ce n’est plus le cas ? Qu’est-ce qui t’arrive, Dégueu ?



Papa, maman pense que ce serait mieux

que tu lèves le pied,

à cause de ta santé.



Et puis tu as gagné des millions dans le passé,

tu n’as pas vraiment besoin de bosser.

Dégueu, j’ai besoin de retourner



sur un terrain. Voilà ce dont j’ai ENVIE, moi !

Je préfère que tu m’appelles Josh, papa.

Pas Dégueu.



Il éclate de rire. Vraiment, Dégueu ?

Je suis très sérieux.

Ne m’appelle plus comme ça, pitié.



Papa, ce boulot, tu vas l’accepter ?

Fiston, le bruit du ballon me manque,

l’odeur du cuir orange me manque.



J’ai envie de dévorer tout cru les nullos

qui croient pouvoir battre « Le Boss ».

Le terrain, c’est mon officine.



Fiston, je rêve de redevenir le chef de ma cuisine.

Alors, oui, je vais accepter…

Si ta mère n’essaie pas de m’en empêcher.



Bon, je lui en parlerai

puisque c’est

aussi important. Mais tu sais



elle se fait beaucoup de souci pour toi, papa. C’est vrai.

Dég… pardon, Josh, parle-lui,

d’accord ? Et il rit.



Peut-être qu’en échange, papa, tu pourrais discuter

avec maman pour la convaincre de me laisser

rejoindre l’équipe avant la fin de la saison.



J’ai l’impression

d’abandonner mes coéquipiers.

Tu abandonnes aussi ta famille, Josh, tu sais ?



Il continue à se tenir la poitrine.

Qu’est-ce que je dois faire, papa ? je demande.

Dans l’immédiat, je te conseille



d’aller mettre la table. C’est maman qui parle.

Elle se tient sur le seuil

et elle considère papa d’un œil



affolé.





Derrière la porte close


On avait décidé que le basket c’était terminé, Chuck ! hurle maman.

Chérie, je ne vais pas jouer, je vais coacher, proteste papa fermement.



Ça reste une source de stress. Tu n’as pas besoin de retourner sur le terrain.

Le médecin n’y voit aucun problème, chérie.



Quel médecin ? Quand as-tu été en voir un ?

Je consulte une ou deux fois par semaine le Dr Interneti.



Tu te moques de moi, Chuck ? Ça n’a vraiment rien de drôle.

…



Le Net ne te sauvera pas la vie.

Pour être honnête, j’en ai assez de parler de ma maladie.



Eh bien moi aussi ! Je vais prendre rendez-vous pour toi dès demain.

Très bien !



Je ne devrais pas m’en faire autant pour ton cœur… C’est ta tête, le problème, au fond.

Mon seul problème, c’est que je suis dingue de toi, chaton.



Arrête ça tout de suite. Je t’ai dit d’arrêter. C’est l’heure du dîner, Chuck… Ah !

C’est qui Le Boss, hein ?



Puis vient le silence, alors je descends mettre la table pour le dîner,

Parce que quand ils arrêtent de parler



Je sais très bien

quelle conclusion en tirer.

Beurk.





La fille qui m’a piqué mon frère,


c’est le nouveau surnom que je lui ai donné.

Je ne veux plus l’associer au thé glacé,

puisqu’elle a un goût amer.

Et j’en ai une preuve supplémentaire.

Elle a réclamé une seconde part

de lasagnes aux légumes, ce soir,

et évidemment maman est aux anges.

Parce que nous, ça nous dérange

cette décision de bouleverser notre alimentation,

on ne demande jamais une autre portion.

Sauf qu’à ce fameux dîner, JB,

qui sourit comme un cinglé,

à croire que Miss Thé Amer le filme

avec une caméra invisible,

reprend de la salade.

Papa se gondole,

et maman en profite,

elle demande :

Comment vous vous êtes rencontrés, tous les deux ?



Et là, ça devient vraiment curieux,

JB se transforme en moulin à paroles,

il ne nous épargne aucun détail,

vraiment pas :

Elle est entrée dans la cafétéria.

C’était son premier jour de collège, on s’est mis à parler

d’un tas de choses sans s’arrêter,

elle m’a dit qu’elle jouait au basket avant,

dans son ancien établissement.

Vondie m’a tout de suite fait remarquer : « Elle est canon, JB. »

Et moi, j’ai rétorqué :

« Ouais, je dirais plutôt sublime. »

Pour la première fois

depuis quinze jours, il me regarde

un quart de seconde,

et j’aperçois presque,

sur ses lèvres, l’ombre

d’un sourire.





Ce que j’ai appris au dîner


Elle a participé à un camp de basket pour filles.

Skylar Diggins est sa joueuse préférée, niveau style.

Elle connaît le nom de tous les membres de l’équipe 2010 des Lakers.

Son père est allé à la fac avec Shaquille O’Neal.

Elle sait faire un crossover, déjà.

Son équipe a déjà remporté un championnat.

Elle est douée.

Ses parents sont divorcés.

La semaine prochaine, pour les vacances de Noël, elle part chez sa mère.

Parce qu’elle vit avec son père.

Pour se détendre, elle fait des paniers.

Sa mère préférerait qu’elle ait une autre activité.

Son père assistera au match demain pour voir JB.

Elle est désolée que je ne puisse toujours pas jouer.

Son sourire est aussi irrésistible que le dessert de maman.

Elle sent le bonbon, c’est dément.

Elle a une sœur à l’université.

SA SŒUR VA À DUKE, VOUS Y CROYEZ ?





Vaisselle


Une fois la dernière assiette récurée,

les restes du repas rangés,

et le carrelage balayé,

maman revient dans la cuisine, et

je lui demande : il va voir le docteur quand, papa ?

Josh, tu sais bien que je ne veux pas

que tu écoutes aux portes.

Je tiens ça de toi, je riposte.

Et elle éclate de rire, parce qu’elle est bien obligée

de reconnaître que c’est la stricte vérité.

La semaine prochaine.

Les cours seront terminés, la semaine prochaine.

Je pourrais

peut-être assister

au rendez-vous avec vous ?

Peut-être, elle dit, et c’est tout.



Je range le balai,

je la serre dans mes bras et

je la remercie.

De nous aimer, oui,

de nous laisser jouer au basket

et d’être une mère parfaite,

la meilleure du monde, franchement.

Continue comme ça, mon grand

et tu retrouveras bien vite le chemin

du terrain.



Ça veut dire que je peux jouer

le match de demain ? S’il te plaît !

Tu pousses le bouchon,

fiston.

Il va falloir un peu plus qu’un câlin.

Aide-moi à essuyer les assiettes, tu veux bien ?





Le speech du coach


Ce soir

j’ai décidé de m’asseoir

sur le banc

avec l’équipe

pendant le match

et pas dans les gradins

avec papa

et maman, qui reste

bien à côté de lui

pour le cas où

il se laisserait

déborder

par sa hargne.



Le coach dit :

On a remporté

dix victoires

d’affilée.

La différence entre

la veine

et la déveine

tient à un match.

Puisque Josh n’est toujours pas

avec nous, quelqu’un, ce soir,

va devoir

occuper le poste

de tireur.



Je me rassieds

sur le banc

et je regarde JB mener les Wildcats

au combat.

Quand le coup de sifflet retentit enfin,

je jette un coup d’œil vers les gradins,

mais papa et maman ont disparu.

Je me retourne

vers le terrain,

et JB me fixe,

comme s’il venait d’apercevoir,

encore une fois, un revenant.





Josh refait le match


L’équipe a des ennuis.

Si elle ne trouve pas fissa une solution

nos rêves de championnat s’envoleront.

Menés de trois points, nos Wildcats portent mal leur nom :

Ils ressemblent moins à des chats sauvages…

qu’à des chatons !

Alors qu’il reste moins d’une minute de jeu

Vondie remonte le terrain avec le ballon.

Va-t-il rester à l’intérieur et tenter un tir simple

ou s’appuyer sur JB

pour un panier

à trois points ?

Il passe le ballon au numéro 29

un ailier, sur sa droite,

et essaie de semer la défense

en dribblant, mais elle est asphyxiante.

Les joueurs sont sur lui

comme le noir sur la nuit.

Il tire vers JB

qui a les yeux rivés

au chrono. Il va jouer la montre.

Mon absence doit leur peser, vraiment.

Vondie s’approche, pose un écran.

JB a le champ libre, il va tenter les trois points.

Le ballon monte. Il a l’air bien

parti…

hélas, ça ne suffira pas.

Sur l’arceau, la balle rebondit.

Le coup de sifflet

retentit.

Les Wildcats

ont perdu

la première mi-temps.





Textos de maman


19 h 04

Ton père ne se sentait

pas bien, alors on est

sortis prendre l’air. On revient.



19 h 17

Je crois qu’on va rentrer

finalement. Préviens JB

à la mi-temps.



19 h 45

On est à la maison. Ton père

veut connaître le score.

Comment Jordan s’en sort ?

Et toi, ça va ?



19 h 47

Gardez le moral. Tout va s’arranger

après la mi-temps, je le sais.

Dis bonjour à Alexia. Et



19 h 47

demandez au coach, ou à Vondie

de vous raccompagner. Oui,

papa va mieux je crois. À tout à l’heure.



19 h 48

Je n’aurais pas dû ajouter

« je crois ». Il va bien. Tu sais,

il est juste fatigué. Il vous dit de ne pas rentrer



19 h 48

si vous perdez.





Seconde mi-temps


Vondie récupère le ballon

en milieu de terrain,

fait une passe rapide

à JB, qui

s’envole

vers sa destination

décolle

sans précipitation

puis plante le ballon

directement dans le filet.

ZOUMMMM !

Man, ça, c’est rude.

On mène de deux points.

Nos Wildcats sont LANCÉS.

JB a le feu sacré,

il va nous conduire

au sommet.

L’équipe,

le coach,

Alexia

et moi aussi…

on crie en chœur.

WILDCATS ! WILDCATS !

Mon frère est

Superman ce soir,

il fonce

et il plane

dans l’espace,

il éclaire le ciel

et le tableau des scores.

Il va sauver le monde,

et notre place

au championnat.





Demain, dernier jour d’école avant

les vacances de Noël


Ce soir, je travaille.

D’habitude, je file

un coup de main à JB

en vue des examens, mais,

depuis l’incident, il préfère

réviser tout seul, mon frère,

ce qui me fait stresser

parce que demain on sera interrogés

sur des listes de vocabulaire.

(N’abordez surtout pas ce sujet avec ma mère,

elle trouve qu’à notre niveau,

on a passé l’âge des dictées de mots !)



Voilà pourquoi, de retour à la maison,

après le match et la victoire de nos champions,

je sors mon cahier

avec tous les mots qu’on a étudiés,

et mes petites astuces notées à côté,

pour les mémoriser.

Genre héritage.

Exemple : la bague du championnat

est comme un héritage pour papa.

Un bijou de famille qu’on ne sera pas autorisés à porter

tant que l’un de nous ne sera pas devenu Le Boss, ok ?

Je dépose huit pages de mots griffonnés

sur l’oreiller de JB

pendant qu’il se brosse les dents,

puis j’éteins la lumière sur-le-champ

et je ferme les yeux sans tarder.

Quand il revient se coucher,

j’entends le bruissement du papier

puis il allume sa lampe de chevet

et je n’entends plus un bruit

sauf un

merci.





Le coach s’installe


à notre table,

le lendemain midi.

Une fois assis,

il sort de son sac en papier

– qui vient du MacDo d’à côté –,

des barquettes de frites. Il y en a une pour Vondie,

et une pour moi aussi.

Il mord dans son

burger sans faire de façons

et lâche :

Écoute, Josh,

ton frère et toi, vous devez

vous réconcilier.

Si mes deux étoiles

ne sont pas alignées,

le destin ne nous aidera pas

à gagner le championnat.



Hein ? dit Vondie.



Je me suis fâché à mort

avec mon frère

à l’époque du lycée

et depuis je ne lui ai

plus jamais reparlé.

C’est ce que tu veux voir arriver ?



Je secoue la tête.



Alors arrange ça, Dégueu.

Arrange ça vite, vieux.

On n’a pas besoin de distraction,

sur ce chemin qui est déjà long.

Et pendant que tu réfléchis

à une solution, songe aussi

au cadeau que tu déposeras sous le sapin

pour ta mère, sois malin.

Elle dit que tu as démontré

un repentir parfait et

qu’elle est prête à envisager

de te laisser

rejouer

si l’équipe arrive

en finale.

Joyeux Noël, Josh.





Fâcher


verbe


Irriter quelqu’un,

mais aussi créer un

désaccord entre deux personnes,

proches, amis, parents.

Les brouiller, en somme.



Exemple : les parents d’Alexia

sont fâchés.



Exemple : quand j’ai lancé

le ballon à JB,

je crois que j’étais fâché

avec moi-même,

si c’est possible.



Exemple : même si JB et moi,

on est fâchés,

papa nous forcera à jouer

ensemble,

demain,

le tournoi

de trois contre trois.





Les cours sont terminés


maman doit travailler

tard, et papa vient nous chercher.

JB refuse encore de me parler,

mais le daron enchaîne les mauvaises blagues

et on se gondole

comme au bon vieux temps.

Qu’est-ce que vous allez nous offrir pour Noël ? lui demande JB.

Je lui réponds : des livres, comme d’hab’, tu le sais !

Et on rit, on est déchaînés,

comme au bon vieux temps.

Les gars, votre talent vous permettra de gagner des matchs, il nous dit,

Mais votre intelligence vous permettra de gagner dans la vie.

C’est de qui ? je l’interroge. De moi,

non mais qu’est-ce que tu crois ?

JB intervient : c’est une citation

de Michael Jordan, non ?

Papa ne se démonte pas.

Écoutez-moi, les gars,

vous avez tous les deux des bons résultats,

ce qui nous fait très plaisir, à votre mère et à moi.

Alors vous pouvez choisir votre cadeau et vous l’aurez.

Alors pas de livres cette année ? C’est juré ?

Non. Vous aurez vos bouquins, mon grand.

Le père Noël vous accorde juste, exceptionnellement, un petit complément.

Au feu rouge,

on tourne la tête,

pile au moment de dépasser

le centre commercial et

je devine sans difficulté

les pensées de JB.

Papa, on pourrait aller

regarder les baskets, s’il te plaît ?

Mon frérot insiste : Oh oui, papa, on veut y aller !

Et ce petit mot, on, n’a jamais été

aussi doux.





Le téléphone sonne


Maman décore le sapin, pendant que

papa fait des paniers, il s’échauffe

pour le tournoi.

Du coup c’est pour moi.

Allô ? Je reconnais Alexia.

Salut, Josh, elle me dit.

Est-ce que je pourrais parler

à mon bébé ?

Il est, euh, occupé pour le moment,

je lui réponds seulement.

Alors je te charge de le prévenir

que je vais venir

au match. Ah, mais maintenant

je comprends

pourquoi JB

en est à sa seconde douche de la matinée

alors qu’il faut presque le MENACER

pour qu’il accepte de se laver

le reste de l’année.





Règle no 8


Parfois

il vaut

mieux

reculer

un peu

pour

réussir

un

panier.





À notre arrivée sur le terrain


Je défie papa

de faire un rapide

un contre un

avant le début du tournoi

pour qu’on puisse tous les deux

se préparer au mieux.

Il rit. Ok, à toi !

Puis il me lance le ballon,

qui rebondit sur mon torse,

parce que je suis trop occupé

à regarder dans la direction

des balançoires où mon frère et

Miss Thé Glacé discutent

en se tenant par la main.

Fais attention, Dégueu… oh désolé,

Josh ! Je vais te LAMINER, il reprend.

Je feins de tirer pour mieux le déborder

et marquer, tranquille. J’entends

des applaudissements.

Des spectateurs se massent pour assister à la danse.

Pour le coup suivant, je tente un shoot longue distance

histoire de décrocher trois points.

Le ballon tourne et tourne autour de l’arceau… il ENTRE enfin !

Les gradins se remplissent encore.

Même Jordan et Alexia se sont approchés.

5-0, voilà le score,

juste avant la troisième action de jeu. Je veux

tenter mon crossover, mais

papa me pique le ballon

comme un voleur surgi de la nuit,

puis il marque un arrêt.

Mais qu’est-ce qu’il fait, le daron ?

Ne t’en fais pas pour moi, fiston,

je réfléchis,

je me prépare à te donner

une petite leçon.

Je t’ai déjà parlé

de ce Willie

avec qui je jouais en Italie ?

Sans me laisser le temps de répliquer,

il m’assène un crossover qui tue,

et je regrette qu’il n’y ait pas un coussin pour amortir ma chute.

Les spectateurs sont debout

et ils hurlent comme des fous :

Oh, yeahhhh !

Je vous présente Josh Bell, s’esclaffe papa,

en fonçant vers le panier, tout droit.

Mais…





À midi, sur le terrain, avec papa


Le public — regarder

Les joueurs — frimer

Moi — marquer

Papa — s’ennuyer

La foule — enfler

Nous — jouer

Moi — semer

Papa — sauter

Moi — feinter

Vilain tir

Vilaines actions

5-0

Moi — mener

Nouvelle action

Ballon dribblé

Ballon volé

Papa — se marrer

Ballon immobilisé

Ça va ?

Papa — clin d’œil

Regarde ça.

Il me déroute

La sueur goutte

À gauche toute

À droite toute

Moi — tomber

La foule — acclamer

Papa — mener

À grandes foulées

une vraie fusée

vise le panier

soudain freiner

et tirer

hurler

se figer

le souffle précipité

de sueur dégouliner

la main sur le torse crispée

les yeux révulsés

Le ballon tombe

Papa tombe

Je crie

« À l’aide ! »

Thé Glacé

compose un numéro

Jordan s’agite

apporte de l’eau

lui asperge le visage

Papa — rien

Sans connaissance

Je me rappelle

le cours

les premiers secours.

Basculer pincer

souffler comprimer

souffler comprimer

Toujours rien

Souffler comprimer

Les sirènes hurlent au loin

Pas de pouls

paupières closes.





Le docteur nous dit


à moi et à mon frérot :



Votre père devrait s’en sortir. Avec un peu de chance, vous pourrez

bientôt l’emmener pêcher et tout sera oublié.



Je lui réponds : la pêche, on n’aime pas ça.

Maman me jette un regard assassin.



Mme Bell, l’infarctus du myocarde a provoqué des complications. L’état

de votre mari est stable, mais il est dans le coma.



Entre deux sanglots, JB a du mal à poser sa question :

Est-ce qu’il sera rentré pour Noël ? À la maison ?



Le médecin nous regarde. Essayez de lui parler,

il vous entendra peut-être. Ça pourrait l’aider.



Ouais, eh ben PEUT-ÊTRE qu’on n’est pas d’humeur à parler, je dis.

Joshua Bell ! s’emporte maman. Sois poli !



Je ne devrais même pas être là, moi.

Je devrais être en train d’enfiler mon maillot, de m’étirer, quoi,



de me préparer pour les demi-finales.

Mais non, je me retrouve à l’hôpital



dans une salle d’attente qui sent mauvais

à regarder maman faire comme si tout allait s’arranger,



à regarder Jordan serrer la main de papa,

à me demander pourquoi



je suis forcé à ramasser de l’eau

avec un râteau,



à parler à quelqu’un

qui ne m’écoute même pas, c’est certain.



Et à rater le match le plus important

de ma vie.





Infarctus du myocarde


expression


Elle se produit quand le flux sanguin

est bloqué

dans une artère coronaire

suffisamment longtemps

pour qu’une partie du myocarde,

le muscle cardiaque,

soit endommagé

ou nécrosé.



Exemple : JB dit qu’il déteste

le basketball parce que c’était

ce que papa aimait

le plus au monde,

avec nous,

et que c’est ce qui a provoqué son

infarctus du myocarde.



Exemple : quand le médecin me voit entrer

dans Google la liste des symptômes

– toux, sueur, vomissements, saignements de nez –,

il me dit : Tu sais, on ne connaît pas très bien

la cause de l’infarctus du myocarde. Alors je lui réponds :

et les beignets, le poulet frit, la génétique, hein ?

Le médecin regarde maman,

puis s’en va.



Exemple : papa est dans le coma

à cause d’un infarctus du myocarde,

et c’est exactement à cause de ça

que mon grand-père est mort.

Quelles conclusions on doit en tirer,

avec JB ?





D’accord, papa


Si j’en crois

le médecin

il faut te parler

parce que tu pourrais peut-être

m’entendre… ou peut-être

pas.

Maman et JB

ont passé la matinée

à te rebattre

les oreilles.

Alors si tu m’écoutes,

j’aimerais savoir

quand tu as décidé de quitter

le navire ? Je croyais, moi, que tu étais

Le Boss.

Et une dernière chose :

si on arrive

en finale,

je ne raterai pas

le grand match

pour un minuscule

peut-être.





Puisque tu me poses la question maman, je vais te dire pourquoi je suis aussi remonté.


Parce que papa a essayé de dunker.

Parce que je veux gagner le championnat.

Parce que je ne peux pas gagner un championnat si je reste assis dans cet hôpital qui pue.

Parce que papa t’avait promis qu’il serait là pour l’éternité.

Parce que je croyais que l’éternité c’était comme Mars. Très très éloigné.

Parce qu’en fait l’éternité c’est comme le centre commercial. Juste au coin de la rue.

Parce que Jordan ne parle plus de basket du tout.

Parce que Jordan m’a coupé les cheveux et qu’il s’en fout.

Parce qu’il est tout le temps en train de boire du Thé Glacé.

Parce que parfois j’ai soif, moi aussi.

Parce que je n’ai plus personne à qui parler.

Parce que je me sens nu sans mes cheveux depuis.

Parce que la réanimation N’A PAS MARCHÉ !

Parce que je dois améliorer mon crossover.

Parce que si mon crossover avait été meilleur, alors papa ne m’aurait jamais piqué le ballon.

Parce que si papa ne m’avait pas piqué le ballon, alors il n’aurait pas essayé de dunker.

Parce que si papa n’avait pas essayé de dunker, alors on ne serait pas ici.

Parce que je n’ai pas envie d’être ici.

Parce que la seule chose qui compte c’est le fffft du ballon dans l’air.

Parce que notre panneau de basket est cassé.





Textos de Vondie


20 h 05

Dégueu, on a joué

deux prolongations

avant la dernière action.



20 h 05

Le coach a demandé un temps mort

et nous a fait réciter à tous

un mantra sur la ligne de touche.



20 h 06

C’était un peu flippant. L’autre équipe

était morte de rire. Mais on dirait

que ça a marché



20 h 06

parce qu’on a gagné,

40-39. On a dédié notre victoire

à ton père.



20 h 07

Il va mieux ? Vous venez

à l’entraînement, avec JB ?

Dégueu, tu es là ?





Le soir de Noël


Papa finit par se réveiller. Il

sourit à maman,



tape dans la main de Jordan,

puis me regarde droit dans les yeux



et me dit : Dégueu,

je n’ai pas quitté le navire.





Le Père Noël passe


On fête

Noël

dans la chambre d’hôpital.

Papa est entouré de fleurs, de cadeaux et

d’affection. Des parents sont venus des

quatre coins du pays. Des tantes

qui ont apporté des choux et des pommes de terre,

des cousins, qui braillent et le bousculent.

Les nez coulent. Maman chante,

papa tape le carton avec ses frères.

Je sais que les infirmières attendent avec impatience

la fin des heures de visite. Et moi aussi. La dinde d’Oncle Bob

a un goût de carton

et son cake au citron ressemble à un bloc de béton, mais

le Père Noël de l’hosto fait chanter tout le monde et

toute cette joie sape ma mauvaise humeur. Je ne me rappelle pas

quand j’ai souri, la dernière fois. Le bonheur est un

immense fleuve et je ne sais

plus nager. Au bout de deux heures, maman

dit à tout le monde que l’heure est venue pour papa

de se reposer. Je serre quatorze personnes dans mes bras,

j’ai l’impression de me noyer. Après leur départ,

papa nous fait approcher, Jordan et moi.



Vous vous souvenez,

l’année de vos sept ans, JB voulait

monter sur une balançoire, mais elles étaient

toutes occupées. Alors Dégueu a poussé

la petite rouquine pour faire de la place.

Eh bien, même si ce n’était pas bien,

son intention, elle, était louable.

Vous étiez là l’un pour l’autre.

Je veux que vous soyez

toujours là, l’un

pour l’autre.



Jordan se met à pleurer,

maman le prend dans ses bras, et

elle l’emmène

faire un tour.

Papa et moi,

on se dévisage

pendant dix minutes

sans échanger un seul mot.

Je finis par lui dire

que je n’ai rien à dire.



Dégueu, le silence ne signifie pas nécessairement

qu’on a épuisé tous les mots,

simplement qu’on essaie

de les retenir.

Voici ce que je te propose.

Je te pose

une question,

puis à ton tour, tu me poses une question,

et ainsi de suite jusqu’à

ce qu’on trouve des réponses. Ça te va ?



Bien sûr, je réponds

mais tu commences.





Questions


Est-ce que tu as travaillé tes lancers francs ?

Pourquoi tu n’es pas allé voir le médecin, malgré l’insistance de maman ?



Quand a lieu le match ?

Pourquoi tu ne nous as jamais emmenés pêcher, papa ?



Ton frère est toujours avec sa copine ?

Est-ce que tu vas mourir ?



Tu veux vraiment le savoir ?

Pourquoi je n’ai pas réussi à te sauver l’autre soir ?



Tu ne réalises pas que tu l’as fait ?

Tu te souviens que j’ai essayé de te réanimer ?



Est-ce que je ne suis pas en vie ?

…



Vous avez dénoncé votre oncle Bob à la police ? Il doit être condamné pour ce qu’il a fait subir à cette pauvre dinde !

Tu trouves ça drôle ?



Comment va ton frère ?

Notre famille est en train de tomber en miettes ?



Tu penses toujours que je devrais écrire un bouquin ?

Quel rapport avec tout ça, hein ?



Et si je l’intitulais Les Règles du basket ?

Est-ce que tu vas mourir ?



Tu sais que je t’aime, fils ?

Tu as oublié que le grand match était demain ?



Votre mère vous laissera jouer ?

Tu crois que je ne devrais pas jouer ?



Qu’est-ce que tu en dis ?

Et Jordan, à ton avis ?



Il a envie de jouer ?

Tu ne sais pas qu’il ne retournera pas sur le terrain tant que tu seras ici ?



Tu ne sais pas que je le sais, fiston ?

Alors pourquoi tu ne rentres pas à la maison ?



Tu ne vois pas que je ne peux pas ?

Pourquoi ça ?



Tu ne comprends pas que c’est compliqué, Dégueu ?

Pourquoi est-ce que tu m’appelles toujours Dégueu ?



Josh, tu sais ce que c’est, une crise cardiaque ?

Tu as oublié que j’étais là ?



Tu ne vois donc pas que je dois rester ici pour qu’ils puissent réparer les dégâts que mon cœur a subis ?

Et le mien ? Qui va le réparer, hein ?





Tanka pour le cours d’anglais


Noël n’était pas

joyeux, je n’ai pas fêté

la nouvelle année.

Papa est à l’hôpital

depuis dix-neuf jours déjà.





Je crois que je ne m’habituerai jamais


à rentrer du bahut à pied

à jouer aux jeux vidéos



à écouter Lil Wayne

à me rendre à la bibliothèque



à faire des paniers

à regarder le sport à la télé



à manger des beignets

à réciter mes prières

seul

seul



seul

seul



seul

seul



seul

seul



maintenant que Jordan est amoureux

et que papa s’est installé à l’hôpital.





Règle no 9


Quand la partie flirte

avec la ligne,

n’aie pas peur, non.

Empare-toi du ballon.

Et va le planter

dans le panier.





À quelques heures du dernier match


de la saison,

le téléphone sonne.

Maman crie.

J’imagine le pire.

Je demande à JB s’il a entendu.

Il est étendu

sur son lit, il

écoute son iPod.

Ma